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Archives : éditoriaux 16 septembre 1943, L’évasion de la prison de Castres *

31 janvier 2012
Le livre écrit par Jonny Granzow raconte l’évasion de 38 internés, la moitié des occupants de la Baraque 21 du camp de Saint-Sulpice-la-Pointe ; en fait, une annexe du camp, une prison située à Castres, pour les prisonniers politiques jugés dangereux par Vichy et l’occupant. L’évasion, préparée avec minutie, est racontée par le menu et constitue le moment fort du livre mais elle s’y réduit pas. Il y a un avant et un après cet évènement spectaculaire.

 

A commencer pour le bâtiment lui-même puisque jusqu’au travail de Jonny Granzow, l’existence de ce Centre de Séjour Surveillé (C.S.S.) était largement ignoré à Castres et dans la région où rien ne rappelait cet évènement; ignoré par ceux-là mêmes qui fréquentaient le lieu devenu après rénovation une Maison des Jeunes et de la Culture (M.J.C.).

Un avant et un après pour les évadés aussi. Qui étaient ces internés ? Ils avaient tous un « lourd passé » aux yeux des Nazis et de leurs collaborateurs, « Tous résistants, écrit Alain Bocsus (Université de Toulouse Mirail) dans sa préface, ils venaient d’horizons divers : anciens des Brigades Internationales, émigrés politiques, Français membres de différents réseaux, officiers alliés arrêtés en cours d’opération… Issus de onze nationalités différentes, ils étaient à l’image de ces « métèques, juifs communistes et terroristes » que Vichy et les occupants nazis traquèrent sans relâche (…). Et aussitôt évadés ils reprendront du service dans les maquis. Jonny Granzow s’est livré à une recherche minutieuse sur leur passé avant la prison de Castres et après leur évasion, et même après guerre, retissant les fils du passé à l’aide d’archives et de témoignages recueillis aux quatre coins d’Europe, en Allemagne surtout qui a fourni un lourd contingent de ces étrangers de la M.O.I.

Un avant et un après pour ces résistants ordinaires, ceux qui à Castres faisaient cette aire de complicité protectrice autour de la résistance armée ; la « Résistance civile » dont l’histoire aujourd’hui réévalue l’importance : « (…) des attitudes, comportements et pratiques qui, pour n’être pas héroïques ont néanmoins été nécessaires à la victoire (…) » écrit Alain Bocsus. Jonny Granzow en faisant le récit de cette évasion « (…) montre bien que beaucoup d’entre eux durent leur survie non seulement aux réseaux de résistants mobilisés pour l’occasion mais aussi à l’aide désintéressée et spontanée, bien que risquée, d’habitants inconnus, de passants croisés par hasard, de paysans, de geôliers, de gendarmes, d’hommes d’église… ». Quand il a pu, Jonny Granzow en les nommant les tirent de l’oubli où l’épaisseur du temps (sept décennies déjà !) les avait enfouis.

Et pour conclure ce travail d’archéologue qui sonde les profondeurs de l’histoire, Jonny Granzow met en lumière deux personnages ; deux coups de cœur : un pour Noémie Bouissière (1903-1977), syndicaliste communiste qui fut la cheville ouvrière de l’évasion à l’extérieur et Gerhard Léo (1923-2000) Résistant antifasciste de la première heure, sous-lieutenant FFI dans la Résistance française, envoyé à Castres en 1943 auprès de Noémie Bouissières pour y poursuivre son travail de propagande en direction des forces d’occupation. Gerhard Léo était de ces Allemands, comme les parents de Jonny Granzow, qui font honneur à l’Allemagne. « Le nom ‘allemand’, écrivaient Hans et Sophie Scholl avec leurs camarades de Munich dans un tract, demeurera toujours couvert de honte si la jeunesse allemande ne se dresse pas enfin pour venger et expier, pour bâtir une nouvelle Europe spirituelle ». Ceux-là ont bien mérité de l’Allemagne. Comme la Résistance française a sauvé l’honneur de la France que Pétain et ses amis vautraient dans la collaboration.

L’ANACR 2A se rappelle de Jonny Granzow, venu présenter au public ajaccien le film « Sophie Scholl ». Le journaliste que nous connaissions fait avec ce livre œuvre d’historien et fait remarquer Alain Bocsus, « (…) il n’est pas sans intérêt que ce soit justement un Allemand qui ait mis en lumière cet épisode de notre histoire, longtemps resté dérangeant, prolongeant les liens de solidarité qui se sont noués alors entre internationalistes et antifascistes de tous les pays. Cela ne doit rien au hasard. Jonny Grazow fait partie de ceux qui pensent, à l’instar de Lucie Aubrac, que le verbe ‘résister’ doit encore se conjuguer au présent, y compris dans nos sociétés ».

Antoine POLETTI

* "16 septembre 1943. L'évasion de la prison de Castres". Ed. Histoire. Loubatières. 2009.
Pour commander le livre : sylvain.julien123@orange.fr. Prix 10 € + frais d'envoi

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