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70ème anniversaire : premier acte, le 9 sept. : l’insurrection

Les anniversaires décennaux sonnent comme « les carillons de la mémoire », constate l’historien Henri Rousso. Après le 50ème anniversaire de l’insurrection qui nous avait valu la présence du Président de la République François Mitterrand accompagné de quelques ministres, le 60ème anniversaire a été boudé par son successeur, Jacques Chirac, pourtant attaché à la Résistance - il l’avait pourtant montré à plusieurs occasions. Est-ce, en 2003, le double non des Corses aux référendums, celui de Maastricht sur l’évolution institutionnelle de l’Europe et celui proposé pour un nouveau statut pour l’île ? est-ce ce double camouflet essuyé par l’hôte de l’Elysée et son ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy qui nous a privé de la sollicitude de la République ?

place_de-gaule.jpgC’est un tout autre carillon qui sonne pour le 70ème anniversaire, en 2013. Le Président de la République sera présent à Bastia le 4 octobre, pour l’anniversaire de ce jour de 1943 où dans la ville le dernier soldat allemand a quitté l’île. Et peut-être même que sera présent aussi le roi du Maroc, Mohamed VI, accompagné d’Anciens combattants et de jeunes lycéens marocains.
Pourquoi le choix de Bastia plutôt qu’Ajaccio ? A Ajaccio, c’est la Résistance et l’insurrection qu’on célèbre ; à Bastia, c’est plus l’aspect militaire de la libération et le martyre de la ville bombardée avec ses deux cents morts civils qui prennent sens. Va pour une visite présidentielle à Bastia avec un bref détour annoncé par Ajaccio et Levie ! Peu de chose pour la cité impériale ! Néanmoins la venue du Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, Kader Arif a été appréciée mais elle n'aurait pas suffit pour une commémoration digne de ce que fut l’acte d’insurrection proclamé dans la ville. Mais c’était sans compter sur les initiatives du Rectorat pour encourager les élèves des établissements scolaires à travailler sur le sujet, sur les initiatives et le travail de l’ODAC de Corse-du-Sud, des associations - la nôtre particulièrement – , des collectivités, voire des individus. Une mention spéciale pour la C.T.C. Une aussi pour la ville d’Ajaccio qui a accueilli deux expositions : celle de la Fondation de Gaulle et celle de Robert Battistini ; Ajaccio qui a fait apposer des panneaux aux endroits qui portent le nom de Résistants et surtout a fait ériger une stèle à la mémoire du Général de Gaulle sur la place qui porte son nom ; un lieu tellement fréquenté qu’on n’a pas à craindre –comme le craignait le Général pour la croix de Lorraine à Colombey – qu’elle ne soit là que pour distraire les lapins.
 Mais qu’auraient été tous ces évènements sans leur médiatisation ? Pour que la commémoration ne soit pas seulement affaire d’élus et d’initiés, pour que la solennité de l’évènement soit entourée de la ferveur populaire, il fallait que les médias s’en emparent. Et on peut affirmer que tous, privés ou publics, presse écrite, radios et télévision, tous s’en sont emparé -avec quelques scories parfois - afin que nul n’ignore, en Corse tout au moins, que la Corse a eu « la fortune et l’honneur d’être le premier morceau de France libéré».
Cette belle unanimité ne doit pas cependant nous faire oublier que cette mémoire fortifiante du meilleur –La Résistance et ses idéaux inspirés de la révolution de 1789 - peut nourrir le ressentiment chez quelques esprits chagrins parce qu’il n’y a pas eu en Corse que des vainqueurs en cet automne 1943. Et ils ont des héritiers. En ces temps de basses eaux républicaines, la célébration de la Résistance vient à point nommé parce que « Les souvenirs sont nos forces. Ils dissipent les ténèbres, affirme Victor Hugo. Ne laissons jamais s’effacer les anniversaires mémorables. Quand la nuit essaye de revenir [NDLR :celle des anti Lumières], il faut allumer les grandes dates comme on allume des flambeaux. » C’est fait pour le 9 septembre. Attendons le 4 octobre.

Antoine POLETTI

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Posted by cabrio2b