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les 10émes Rencontres Cinéma-Histoire... et mémoire. Du 10 au 14 avril

« Les Français sont connus pour leur passion de l’histoire. Leur propre histoire de préférence (…). Ils entretiennent avec leur passé « une relation complexe, parfois étrange, passionnante à explorer. Dans ce regard narcissique (et inquiet), la place tenue par les années du second conflit mondial a été et reste exceptionnelle. Anormalement diront certains, au point d’avoir rendu à certains moments, la France malade de son passé » constate Pierre Laborie. (« Le chagrin et la pitié ». Ed. Bayard.2011)

Malade du passé de la Collaboration ? Fière de sa Résistance ? C’est à cette exploration du passé que nous voulons nous livrer avec des films et des invités de marque – réalisateurs, acteurs et historiens- pour refuser les simplismes, tenter de comprendre et déjouer les pièges d’une instrumentalisation de l’histoire convoquée pour répondre aux troubles identitaires de la France ; et ceux de la Corse aussi

1) Accommodements, compromissions, collaborations

10eme-cinema-histoire.jpgLe documentaire "Chantons sous l'Occupation" nous offre les multiples visages de ces rapports peu glorieux entretenus par nombre de chanteurs et chanteuses avec l'occupant. Mais aussi, en contrepoint, le comportement digne et courageux de tant d'autres.
Nous abordons avec le film de Pascale Thirode "Acqua in bocca", le parcours courageux d'une femme qui veut lever le voile sur un secret de famille bien gardé mais douloureux : le souvenir de ce grand-père qu’elle n’a pas connu et qui se serait accommodé de la présence de l'occupant ? compromis avec lui ?
Au refoulement Pascale Thirode a préféré le dépassement de la mémoire pour la délivrer du passé et rendre le présent à ses tâches.
Hélène Chaubin, qu'on ne présente plus, élargira l'horizon familial de Pascale Thirode pour nous faire accéder à celui de la Corse, en traitant de la collaboration dans l'île… et de la Résistance aussi qui en fut la figure inversée ; une Résistance insulaire dont Dominique Lanzalavi montre avec son film « Le laboratoire corse » qu’elle fut, à la veille du débarquement de Normandie, un enjeu pour savoir qui des communistes ou des gaullistes en auraient le leadership.

2) Comment et pourquoi cela est arrivé ? Comment et pourquoi cela peut encore arriver ?

«Si complète que puisse être un jour la victoire des armées, avait prévenu le Général De Gaulle, (…), rien n’empêchera la menace de renaître plus redoutable que jamais si…»
C’est parce que ses élèves croient tournée la page du fascisme et qu’il faut passer à autre chose que le professeur veut leur faire la démonstration de leur erreur. Il le fait en faisant appel à leur instinct grégaire. Et ça marche ! Le film "La vague" traite de cette manipulation d’un groupe et de la difficulté de résister à l'esprit d'attroupement. "Une journée particulière", d'Ettore Scola, traite des effets de ce même pouvoir charismatique, celui du Duce, quand il s'exerce à l'échelle d'un pays et subjugue des masses considérables. Et là encore on mesure, avec le personnage joué par Mastroiani, la solitude et le courage de celui qui résiste à «la vague fasciste». Pour commenter ce film nous avons fait appel à Jean-Louis Panicacci, professeur à la faculté de Nice, auteur d'un livre paru en 2010 sur "L'occupation italienne dans le Sud-est de la France" (Corse comprise).

3) «Ce perpétuel côtoiement de l’ignoble et de l’admirable, du plus atroce et du plus noble»

L’ignoble, l’atroce : « Il y a quelque chose d’énigmatique et de terrifiant dans la volonté de déshumaniser l’humain » disait André Malraux faisant référence aux crimes nazis. Et quand le crime est celui d’un enfant, Anne Franck en l’occurrence, on ne finit pas de méditer sur la capacité de « l’homme à donner des leçons à l’enfer ». Mais il y a aussi l’admirable et le plus noble, ces hommes et femmes qui obéissant à leur conscience ont sauvé, non sans risque pour eux, les victimes des persécutions. Et Christophe Malavoy n’a eu qu’à puiser dans la chronique familiale pour narrer le sauvetage d’une famille juive qui va pouvoir passer en « Zone libre ».

C’est un tableau contrasté que nous offre cette période 1939-1945. Nos Rencontres Cinéma-Histoire tentent d’en explorer les ombres et lumières mais c’est la mémoire gratifiante du meilleur que nous entretenons pour ne pas assister à une désespérante répétition du passé.

Posted by cabrio2b