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Effets de la débâcle fasciste pour les irrédentistes

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Dès la fin juillet, le rappel du consul Turcato prive les irrédentistes de leur meilleur allié. Avec l’armistice du 8 septembre, les organismes consulaires perdent toute base légale. Le 11, le général Magli qui vient de recevoir l’ordre de considérer les Allemands comme ennemis, accepte – pour les troupes qui lui obéissent encore – de rejoindre le camp allié. C’est donc le sauve-qui-peut pour les personnels consulaires, de nombreux civils italiens, et les collaborateurs. Deux seulement des séparatistes corses réussissent à fuir, l’un vers la Sardaigne dès le 9 septembre, l’autre vers Livourne avec les troupes allemandes. Pour limiter la répression extra judiciaire, le préfet Luizet, arrivé d’Alger le 14 septembre, place sous internement administratif en Algérie les collaborateurs les plus menacés, parmi lesquels Petru Rocca, qui va rester en détention à Berrouaghia jusqu’en mars 1946. Deux des internés en Afrique du Nord s’évadent.

Dans cette période de renversement d’alliance où les Italiens antifascistes font cause commune avec les résistants, la collusion des irrédentistes avec les seuls fascistes est mise en évidence. Le commandement militaire italien se désintéresse complètement de leur sort. Quant à ceux qui se trouvent en Italie, ils perdent les privilèges dont on les avait comblés. Ils se cachent, dit un universitaire de Gênes, « per evitare di essere consegnati o di cadere nelle mani dell corpo di occupazzione francese … » (1)   « Pour éviter d’être assignés à résidence ou de tomber entre les mains du corps d’occupation français ». Giulio Vignoli, Universita di Genova, L’Irredentismo italiano durante la seconda guerra mondiale, Ed. Ipotesi Rapallo, 1981.   . Le choix identitaire de l’italianité s’est confondu dans la cause fasciste. En dehors d’une vénalité prouvée pour certains les motivations politiques ont été aussi fortes que les affinités culturelles.

Après la Libération, les autorisations de rapatriement sont traitées uniquement par un service de la préfecture d’Ajaccio. Elles sont accordées avec parcimonie car il faut retenir ceux dont les révélations sont nécessaires au travail d’épuration. Dans un courrier de février 1944, le consul Gaja qui attend son propre rapatriement fait état « de longs entretiens entre le chancelier Chialamberto et le commissaire de police spécial de Bastia sur l’irrédentisme italien en Corse (2)   Ministère des Affaires étrangères, Rome. Busta n° 82. Rapport adressé à la Légation de S.M., Brindisi   ».

Le procès des irrédentistes s’ouvre à Bastia le 17 juillet 1946 devant la Cour de Justice. Il se terminera le 1er octobre. Il y a 14 inculpés dont la moitié sont présents. Parmi eux, deux femmes. Une seule comparait. Il s’agit de la fraction la plus active du mouvement soit en Corse soit en Italie où quatre d’entre eux sont résidents permanents. La Cour prononce cinq condamnations à mort par contumace et une in presentia qui, après appel, est commuée en détention. Il n’y a pas d’acquittement. Tous sont condamnés à l’indignité nationale et à la confiscation des biens. Quatre peines de travaux forcés sont prononcées dont deux par contumace ; trois peines de prison in presentia. Les mesures d’amnistie de 1951 ont beaucoup tempéré ces jugements commentés de façons très diverses selon les partis.

D’autres cas de trahison et d’espionnage viennent devant la Cour de justice et il y a cinq autres sentences de mort dont quatre par contumace. Si bien qu’une seule exécution a lieu, le 19 juillet 1945, celle d’un journaliste parisien, agent de l’Allemagne en Corse.

Extraits de « Bretagne et identités régionales pendant la seconde guerre mondiale »
Ed. Université Bretagne Occidentale. 2002. p. 135 à 150
Hélène Chaubin
Posted by cabrio2b