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Les secrets de la victoire

Avec une économie de moyens et d’hommes

Ainsi l’insurrection du 9 septembre 1943 et les combats qui ont suivi ont permis la libération de la Corse avec une année d’avance. Et cette victoire a été acquise en vingt-cinq jours avec des moyens réduits et des pertes légères Casabianca Ed. France-Empire. p. 303 : Grace aux patriotes et au Casabianca écrit le Commandant L'Herminier, la mise à terre des troupes n'a pas donné lieu à ces démolitions, à ces massacres de population et de combattants qui ont caractérisé les débarquements de vive force de cette guerre.   .
Etudiant au mois de juin 1943 un débarquement de cette nature en Corse, le général Juin estimait nécessaires dans sa lettre personnelle 123/3 T.S. au général Giraud Un seul but : la victoire pp. 247 et 248 : De l'avis de Giraud, cette opération exigeait « au préalable, la conquête totale de la Sardaigne (y compris la Madalena) pour permettre le passage des bouches de Bonifacio ». De telles opérations auraient demandé du temps et côté des pertes et des destructions. Le général Giraud lui-même écrivait : « Il n'est pas possible de faire fonds sur l'action des patriotes corses qui peuvent, au dernier moment, être coiffé et neutralisés en grande partie par l'ennemi »   : 1 division de montagne, 2 divisions d’infanterie, la division blindée, le corps franc d’Afrique, 4 groupements de tabors et le régiment de parachutistes ; à débarquer en trois points : Ajaccio, Calvi et la côte orientale.
Nos plus grands chefs militaires, pour libérer la Corse de vive force prévoyait donc près de six divisions. L’insurrection leur a permis d’entrer en Corse, sans coup férir avec 109 hommes, et de libérer l’île complètement avec 6 929 soldats ! On voit par la comparaison des chiffres que la Résistance corse a pesé autant que cinq divisions régulières !

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Arthur Giovoni aux côtés du général de Gaulle
Ajaccio en 1943

Pour prendre de vive force la Sicile, il a fallu engager 13 divisions. Les combats ont duré 38 jours. Les pertes se sont élevées à 31 158 hommes ! Sans compter les pertes pour la population civile…
Pour prendre de vive force la minuscule île d’Elbe, il a fallu 12 000 hommes et 600 véhicules. Les pertes se sont élevées à 887 hommes. Sans compter les pertes de la population civile…
Pour libérer la Corse, il a fallu 6 929 soldats… et les patriotes. Les pertes des troupes régulières se sont élevées au total à 72 morts et 170 blessés. Celle des patriotes à 172 morts. Sans compter les victimes civiles du bombardement de Bastia. Quand on sait ce qu’à coûté à la ville de Bastia le seul bombardement aérien du 4 octobre, on imagine quels désastres eût provoqué un débarquement de vive force.

La cobélligérance

Il serait injuste de ne pas mentionner le concours précieux que certaine unité italiennes (NDLR : il y aurait eu 632 morts italiens pour les combats libérateurs) ont apporté à la libération de l’île. Mais cette « cobelligérance » est, elle aussi, à porter à l’actif de la Résistance Corse, car elle avait su au cours même de la lutte clandestine faire les distinctions nécessaires : les Mussolini passent, le peuple italien demeure. La lutte contre le chauvinisme pendant l’occupation a rendu possibles les contacts qui nous ont valu ultérieurement le soutien actif d’une bonne partie des « soldats du roi » en marche comme nous vers l’indépendance nationale et la liberté.
Cette attitude à l’égard de l’homme de troupe explique pourquoi les patriotes de Bastia, de Casinca, de Sartène, de Quenza, de Levie, de Ghisoni, etc., ont obtenu, sur place ce que toutes les démarches des capitaines Colonna d’Istria et Majot n’ont pu obtenir du général Magli : une cobelligérance réelle .

La Corse dans la bataille de Salerne

L’insurrection a joué un rôle –imprévu- dans le déroulement de la bataille de Salerne. Pendant une semaine, le sort des forces alliées débarquées en Italie demeura des plus précaires, comme l’avoua plus tard le général Eisenhower : aussitôt après le débarquement.
Toute la flotte alliée était dans le golfe, prête à recueillir le corps expéditionnaire… On peut se demander ce qui serait advenu si Kesserling, qui disposait de six panzers, avait pu en jeter une septième dans la bataille. Il a tenté de le faire. Ce sont les patriotes de Corse qui l’on t en empêché. Il le confirme implicitement dans ses mémoires .
Le 13 septembre au moment où Kesserling aurait eu besoin de sa 90ème Panzer pour rejeter les alliés à la mer, cette unité piétinait encore aux portes de Bastia. Voilà pourquoi « elle n’était pas immédiatement disponible ». Du 9 au 20 septembre, ses éléments sont accrochés sans relâche par les patriotes corses. Kesserling reconnaît qu’elle fut « incapable de grands combats » (…)

Maurice Choury. Ed. sociales pp. 208 et suivantes
Posted by cabrio2b