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Le premier toucher du sous-marin Casabianca

soumarin_casabianca.jpgLe 14 décembre 1942, à une heure du matin, après quatre jours de navigation périlleuse, le sous-marin Casabianca dépose dans la crique de Topiti (Baie de Chiuni, entre Piana et Cargèse) une mission entièrement française, disposant d’une soixantaine de mitraillettes Sten et d’un poste spécial émetteur-récepteur anglais à quartz, du type valise B7. L’équipée baptisée « Pearl Harbor » comprend le chef de bataillon Roger de Saule, chef de mission, l’adjudant-chef Toussaint Griffi, l’instituteur Laurent Préziosi et l’opérateur radio Pierre Griffi (alias Denis) originaire de Lugo-di-Nazza.
Ils ont quitté Alger, ses splendeurs et sa vie facile et les voilà infimes dans le paysage immense, ballotés par le youyou qui les mène vers les rivages de France, terre promise où la mort se tapit. Un feston brillant sous le clair de lune : c’est la plage. Le ressac les y jette brutalement. Le commandant étouffe un juron. Il s’est foulé la cheville. Denis s’affaire après le poste qu’il traîne à l’abri d’un buisson. Pas de mine. Pas de poste de guet de l’occupant. Décidément, on a la « baraka ».

Premier objectif : atteindre le hameau de Revinda et trouver un refuge pour installer le poste. Denis reste à la plage. Les autres s’enfoncent dans le maquis, s’orientant à l’estime, et franchissant avant le petit jour la route nationale près du pont de Fornello, où une vieille bergère leur indique le chemin de Revinda. De Saule boite bas. Preziosi et Toussaint Griffi prennent les devants. On grimpe à flanc de colline, dans une contrée dont l’aurore dévoile la sauvage beauté. Maquis chétif, herbe rare, horizon barré par de gigantesques chaos rocheux. Il semble que toute vie soit retirée de ce coin de terre. Non, voici les empreintes fraîches d’une harde de sangliers, et voici même un « cristianu » (En langue corse, un humain). Sur le sentier qui mène à Revinda, un curé chemine à dos de mulet. Preziosi et Griffi se tapissent, l’observent au passage et chuchotent :

- Si on l’abordait ?
- Hum ! c’est peut-être un vichyste…tu sais, les curés et Pétain, ça marche ensemble.
- Pas celui-là. Regarde-le. C’est un paysan en soutane. Il l’a même retroussée, le gaillard ! Je le verrais mieux en braconnier qu’en curé. C’est la providence qui nous l’envoie !
- Bah, on ne connaît personne dans le secteur. Alors, celui-là ou un autre… Le curé de Cargèse sursaute en voyant surgir du maquis deux têtes totalement inconnues.

Abordé sans trop de précautions, il est quelque peu sceptique :

- Qui me prouve que vous dites vrai ? Votre histoire de sous-marin me paraît fantastique. La région est infestée d’Italiens…
- Et ça, vous en connaissez beaucoup par ici ? réplique Preziosi en exhibant sa mitraillette ?

L’abbé Mattei est convaincu. Il prend les deux hommes sous sa protection. Pour un peu, il leur donnerait sur-le-champ sa bénédiction. Le commandant De Saule rejoint le groupe. On monte à Revinda où l’on fête Saint Lucie. Le curé fournit un guide, Dominique Antonini, et des mulets. On récupère le radio Griffi (Denis) demeuré avec sa lourde valise près du point de débarquement et on progresse à travers monts, vers Marignane, où les frères Nesa et leur oncle Antoine alertent le curé du village. L’abbé Ceccaldi part aussitôt à la recherche d’une « planque » pour le poste émetteur radio. Par Cristinacce et Calacuccia, on gagne Corte où les émissions commencent dès le 19 décembre au domicile d’un Alsacien nommé Lhoersch.

Extrait de « Tous bandits d'honneur ». M. Choury. Ed. Sociales 1958
Posted by cabrio2b