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Les motivations des résistants

serment_corse.jpgDans la foule des motivations d’entrée en résistance, deux ont été déterminantes : le patriotisme et l’antifascisme, activés comme nu catalyseur par la présence des troupes d’occupation


Témoignage de François Geronimi
enregistré par M. Santoni en octobre 2000

Ce patriotisme est teinté il est vrai d'une dose plus ou moins grande d'italophobie, mais qui pour les Corses, conscients que la victoire des forces de l'axe entraînerait la perte de la nationalité française, prolonge l'adhésion volontaire de la Corse à la nation française le 30 novembre 1789. En atteste par exemple un tract édité à l'occasion 30 novembre 1942 (NDLR: 30 nov. 1789, rattachement de la Corse à la France) : On y lit en gros caractères : « Trente novembre ! Fête nationale de la Corse ! Pavoisez ! Arborez les cocardes tricolores. Les hordes fascistes souillent le sol de la patrie corse »   . Patriotisme qui n'exclut pas l'affirmation de l'identité insulaire comme l'exprime si bien « A Sampiera », ce chant patriotique composé par Jean Nicoli et Tony Ogliastroni (voir Gén. Amis N° 20)


Chant des résistants corses
Interprétation par les élèves du collège
Laetitia Bonaparte d'Ajaccio.

Patriotisme qui n'exclut pas non plus le rappel - comme en témoigne des dizaines de tracts communistes, gaullistes, anonymes, par l'évocation de Sambuccuciu, Sampiero et Paoli - des luttes séculaires du peuple corse contre l'oppression génoise ou celle de la monarchie d'Ancien régime.

L'antifascisme

Pour ceux qui dans les années 30 ont mené de front la lutte contre le fascisme intérieur et extérieur, la Résistance est le prolongement naturel de leur combat d'hier. D'où l'action motrice du courant antifasciste de la Résistance, où l'on retrouve, nombreux et déterminés, des militants antifascistes tels François Vittori ou Dominique Vincetti qui levés avant le jour, avaient compris en combattant dans les brigades internationales, que pour sauver Paris il fallait déjà savoir « Mourir à Madrid ». Les ennemis d'alors régnaient en maître ; c'est ce qui explique qu'au fil des mois, les motivations patriotiques et les motivations antifascistes ne cesseront de s'entrecroiser et le plus souvent finiront par se confondre.

L'occupation comme un catalyseur.

A ces deux motivations fondamentales -patriotisme et antifascisme- le poids de l'occupation sert de catalyseur. A la présence humiliante de 80.000 soldats italiens, puis de 20.000 allemands, s'ajoutent les réquisitions, les vols, les détournements commis par les troupes d'occupation qui de plus en plus ont tendance à vouloir vivre sur le pays et cela dans un contexte d'isolement renforcé. Les liaisons maritimes avec le continent sont de plus en plus rares, plusieurs bateaux sont coulés, victimes du blocus (le Général Bonaparte, le Château Yquem). Au printemps 1942, la situation est préoccupante : les rations honorées, comme on dit, sont rares et ne représentent plus que 1200 calories par jour pour les adultes. A Ajaccio et Bastia, compléter les rations est le casse-tête permanent de la ménagère. Le « marché noir » est florissant. Les denrées deviennent toutes aussi précieuses les unes que les autres : d'où l'utilisation des céréales secondaires et des châtaignes pour faire des ersatz de farine, des glands torréfiés en guise de café. La pénurie n'est pas seulement alimentaire. Elle frappe tous les aspects de la vie quotidienne. Pratiquement, rien n'échappe au rationnement : ni le tabac, ni les vêtements dont la qualité est désastreuse à cause de l'utilisation des fibres végétales, ni les chaussures dont les semelles sont fréquemment en bois.


Interview de Léo Micheli
« L'armement et le soutien de la population »

Le mécontentement provoqué par la pénurie est un sol fertile pour la Résistance comme en témoignent les manifestations pour le pain et la liberté qui se multiplient dans l'île, notamment à Corte et Bastia. Les tracts édités à cette occasion par le Front Patriotique des Jeunes, le Front National (de la Résistance), les comités populaires de femmes réaffirment tous le lien entre la pénurie, les traîtres de Vichy et l'occupant, contribuant ainsi à donner une assise de plus en plus large à la Résistance.

Extrait de « Tous bandits d'honneur ». M. Choury. Ed. Sociales 1958
Posted by cabrio2b