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Mission "Sea Urchin"

En relation avec  le S.O.E. (Special Operation Executive, un service secret anglais), depuis Alger, où les alliés ont pris pied depuis la 8 novembre 1942, le Général de Gaulle charge Fred Scamaroni d’établir le contact avec la Résistance corse. Pour cette mission, baptisée Sea Urchin (Oursin), Fred Scamaroni sera accompagné par un radio, J.B. Hellier et un Britannique, instructeur en armement, James Anthony Jickell. Ces trois hommes devront débarquer clandestinement sur les côtes corses par un sous-marin.

Partis le 30 décembre 1942 d’Alger, le sous-marin H.M.S. Tribune est retardé par une forte houle. Il atteint le golfe de Lava, au nord d’Ajaccio le 5 janvier. La mise à terre est prévue le 6 janvier à 0 h. 30 mais à cause d’une forte houle et surtout d’un projecteur qui balaye la plage, le commandant Porter renonce et se dirige vers un autre lieu : ce sera la baie de Cupabia, au sud du golfe d’Ajaccio et au nord du golfe du Valinco. Faute de moyens de communications entre Alger et la Corse, la mission n’est pas attendue ; donc il n’y aura personne pour l’accueillir… sauf peut-être les occupants italiens.Le lieu précis de la mise à terre sera la plage du Scogliu biancu (Le rocher blanc).

"A 21 h. 40, Porter détermina la route pour l’approche vers la plage de débarquement et poursuivit sa marche sur ses moteurs principaux.
"A 23 h. 45, les deux canots pneumatiques, les bagages et une bicyclette pliante, d’un modèle conçu par le S.O.E., furent montés sur l’avant. Les canots furent gonflés et l’assiette du sous-marin fut abaissée sur l’avant. 
"A 00 h. 25, à la position suivante : 41° 44’ N., 08° 15’E., et à 550 mètres du point d’échouage, les deux dinghies furent mis à l’eau et chargés. Porter nota dans le journal de bord que les trois agents embarquèrent avec un moral élevé. A 00 h. 35, les embarcations larguèrent les amarres et se dirigèrent vers la terre selon une route droite, à bonne allure. Ils étaient visibles sur le fond blanc des rochers presque jusqu’à leur arrivée au rivage. La nuit était claire et très étoilée, avec une légère brume vers le large. […] » (1) 
"A 01 h. 25, le débarquement effectué, les canots quittent la plage pour rejoindre le sous-marin qu’ils atteignent vers 02 h. 30. Mission accomplie pour le sous-marin ! Celle de Fred Scamaroni commence.

« Scamaroni se mit en route seul à travers le maquis en direction d’Ajaccio, à 30 km de là, avec sa bicyclette sur le dos. Il laissa Hellier et Jickell près de la plage dissimuler le poste radio, les bagages de l’équipe et une valise scellée dont lui seul connaissait le contenu : elle contenait la plus grande partie de tous les fonds, qui se montait à un million de francs destinés à financer la les opérations de la mission […]. Continuant son chemin à travers la campagne jusqu’à la rivière Taravo, il tomba dans un fossé et s’y endormit jusqu’à l’aube. Puis il poursuivit sa route à vélo vers Ajaccio où il arriva à la nuit tombante, transi et affamé. Sous l’identité d’un voyageur de commerce, il frappa à la porte d’un homme nommé Raimondi, un entrepreneur de travaux publics et propriétaire de cinéma, qui avait été choisi par Achille de Peretti, futur président de l’Assemblée nationale, pour être l’adjoint de Scamaroni à la tête de la mission […].

Jickell  et Hellier, après avoir dissimulé leurs bagages, semblèrent avoir pris la route d’Ajaccio. Poli (Un résistant du mouvement Combat) et un homme du nom de Vignocchi allèrent à leur recherche en voiture et les retrouvèrent, mourant de faim et égarés. Ils furent ramenés à Ajaccio et installés dans une maison sûre. » (1)
Le lendemain, le 9 janvier, Jickell et Hellier, en compagnie de quelques résistants retournèrent sur les lieux du débarquement récupérer les bagages. Ils les retrouvèrent mais une d’entre elles manquait. C’était celle qui contenait des armes, des quartz de rechange pour les postes radio d’Héllier et la plus grande part de l’argent de la mission. Après une enquête rapidement menée, il s’avéra que c’était un jeune berger qui l’avait dérobée. « Après quelques menaces de mort traditionnelles en Corse et une promesses de silence, les parents du jeune berger finirent par rendre la valise et son contenu, dont les trois quarts de l’argent. » (1)

A.P. 

(1) Ce récit est fait à partir du livre de Sir Brooks Richards «Flottilles secrètes,
Les liaisons clandestines en France et en Afrique du Nord. 1940-1944. Ed. MDV. 

Posted by cabrio2b