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70ème anniversaire de la première réunion du C.N.R.

Ce 70ème anniversaire est inscrit cette année au calendrier national des commémorations. Et pour la Corse, il pris un relief particulier du fait de la présence du Préfet qui dans son allocution a tenu à inscrire l'héritage des valeurs de la Résistance dans l'actualité corse ponctuée par les crimes. Des crimes révélateurs de la violence et de la menace terroriste qui atteignent toute la société insulaire et menacent son fonctionnement démocratique. Jacqueline Wroblewski avait quant à elle au préalble, dans son allocution, rappelé ce que furent ces valeurs menacées aujourd'hui par la crise.

Jacqueline Wroblewski, présidente de l'ANACR 2ANous célébrons aujourd’hui un temps fort de notre histoire. C’est un grand moment historique d’une portée considérable. En effet, il y a 70 ans pour la première fois se réunissait, au 48 rue du Four à Paris, en pleine occupation allemande, le Conseil National de la Résistance, sous la présidence de Jean Moulin, délégué du Général de Gaulle. […]
Ce 70ème anniversaire est enfin reconnu comme un évènement capital, […] la deuxième date d’honneur de la Résistance, tout comme nous célébrons le 18 juin, l’appel du Général de Gaulle. […] Nous nous réjouissons du vote quasi-unanime des sénateurs [pour que le 27 mai soit « journée nationale de la Résistance »] qui n’est pas sans rappeler l’unanimité du CNR le 27 mai 1943. […] La brochure clandestine éditée en 1944, aux heures sombres de l’occupation s’intitulait comme un heureux présage : « Les jours heureux ». C’était un programme révolutionnaire formant encore aujourd’hui, malgré les remises en cause de ces dernières années le socle de notre protection sociale. […] Le général de Gaulle l’a défini en ces termes : « La France veut que cesse un régime économique dans lequel les ressources de la nation échapperaient à la nation. Il ne faut pas que l’on puisse trouver, ni une femme, ni un homme qui ne soit assuré de travailler dans des conditions honorables de salaire, de santé, de loisirs et d’accès au savoir et à la culture. »
Qu’en est-il aujourd’hui ? […] En réponse à cette question, je voudrais vous lire l’appel lancé le 8 mars 2004 par
différentes personnalités du monde résistants : « Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la libération, nous vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle ".[…]. "Résister se conjugue au présent" affirmait Lucie Aubrac.

Jacqueline Wroblewski, présidente de l'ANACR 2A (extraits)

Allocution du préfet, M. Patrick Strzoda, préfet de CorseLa commémoration de ce soir s’inscrit dans un double devoir. Le devoir de mémoire nous invite à rendre hommage à tous ces hommes et ces femmes qui ont fait le choix du courage alors qu’ils étaient pris dans un engrenage qui les a précipités dans l’enfer. Le devoir de vigilance, qui nous rappelle que l’engagement de ces héros était fondé sur les valeurs de dignité et de liberté. Il faut être vigilant, car ignorer ces valeurs, les oublier, c’est prendre le risque de recréer les mêmes conditions que celles qui ont conduit au conflit et à l’asservissement des peuples.

Ici, en Corse, en 2013, cet engagement au nom des valeurs prend un sens particulier. Car la Corse traverse une période difficile à cause du nombre important d’assassinats qui endeuillent depuis trop longtemps cette île. Ces assassinats mettent toute la société corse en tension et sèment une inquiétude réelle au sein de la population. Un sentiment de fatalité se développe :certains sont convaincus qu’il y a des individus qui, sous la cagoule ou dans le secret d’un appartement, peuvent décider de qui doit vivre ou mourir ; et beaucoup considèrent que l’Etat a démissionné, qu’il est impuissant. Face à cette situation, nous devons être lucides Ce n’est pas la société corse qui est violente. Ce sont quelques bandes de voyous qui sèment le trouble et le désarroi en voulant imposer, avec une violence inouïe, la loi du plus fort à l’ensemble de la société corse, ils veulent dicter leurs conditions aux décideurs politiques ou économiques ; ils veulent racketter les entreprises, les commerçants ; ils veulent dissuader les investisseurs de s’installer en Corse ; ils veulent empêcher les nombreux talents que compte la Corse de
s’y développer. Pour arriver à leurs fins, ils utilisent des procédés violents : pressions, menaces, attentats, assassinats. Le développement de cette violence mafieuse transforme la société corse : elle est déboussolée, dérégulée. Il y a un risque de dérive généralisée.
Le combat contre ces criminels est d’abord celui de l’Etat.[...] Ce combat est aussi celui des responsables politiques de l’île [...]. Ce combat est enfin celui de toute la population. Il ne s’agit pas de demander aux Corses de faire le travail de l’Etat. Cependant, en cette année où nous commémorons le 70ème anniversaire de la libération de la Corse, il s’agit pour nous tous de nous inspirer de l’esprit et des valeurs de la Résistance pour refuser la violence que des assassins veulent imposer à la Corse.
En appeler à l’esprit de la Résistance, c’est refuser, par principe, cette violence qui détruit des vies et endeuille des familles ; conserver intacte sa capacité d’indignation, personnellement ou collectivement ; lutter contre toutes les formes de complaisance qui peuvent conduire à expliquer ou à justifier ce qui est inacceptable ; la complaisance de ceux qui nient ou relativisent l’influence des criminels dans la société corse ; la complaisance de ceux qui ouvrent leurs portes aux émissaires des voyous, ce qui accrédite l’idée que le crime organisé a ses entrées partout ; la complaisance de ceux qui dénigrent systématiquement l’action de l’Etat, quand celui-ci utilise des moyens parfaitement légaux pour protéger la Corse de la gangrène de la violence et pour défendre les droits de l’Homme.
L’esprit de la Résistance, c’est savoir que ce combat sera long et que c’est avant tout le combat du courage, de la lucidité et de la morale.

Vive la Corse
Vive la République
Vive la France

Allocution du préfet, M. Patrick Strzoda, préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud (Extraits)
Posted by cabrio2b