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Anniversaire de l'insurrection - 9 septembre 2008

La Corse a commémoré le 9 septembre la date de l'insurrection victorieuse : moins d'un mois plus tard, le 4 octobre 1943, l'île était libérée. Allocution prononcée à Ajaccio par Antoine POLETTI, secrétaire de l'A.N.A.C.R. 2A au monument de la Résistance.

Un retentissement national

Chaque année, le 9 septembre, les Corses se souviennent de ce jour de 1943, début de l'insurrection qui moins d'un mois plus tard devait conduire à la victoire.
La Résistance corse appuyée par les troupes venues d'Alger et une partie des troupes italiennes, au prix de durs combats, avait raison des chemises noires de Mussolini et de l'occupant allemand. Le 4 octobre la Corse était libérée.
L'évènement eût alors un retentissement national : « La France entière en a tressailli » dira le général De Gaulle. Et c'est un même sentiment qu'éprouva Pierre Mendès-France : « l'idée qu'un petit morceau de France était libéré, dit-il, me causa une émotion religieuse ». C'est dire l'impact de l'évènement sur l'opinion ; d'autant plus que cette libération précoce était imprévue. « Les patriotes corses, groupés par le Front National auraient pu attendre que la victoire des Alliés réglât heureusement leur destin. Mais ils voulaient être eux-mêmes des vainqueurs » dira le Général De Gaulle dans un discours prononcé le 8 octobre 1943 à Ajaccio.
Oui, la Corse a bien été le premier morceau libéré de la France, Ajaccio la première ville libérée. Des faits trop souvent ignorés, y compris par certains manuels scolaires.

Etre eux-mêmes des vainqueurs

De cette page glorieuse de notre histoire nous tirons une légitime fierté. Sans forfanterie toutefois parce que nous savons ce que notre libération doit au choix stratégique des Alliés, plus précisément à l'ouverture fin 1942 du second front en Méditerranée, plutôt que sur la côte atlantique. Nous savons l'avantage qu'on a pu tirer de la position géographique de l'île. Mais encore fallait-il saisir l'opportunité de la capitulation italienne pour lancer cette audacieuse insurrection. *Audacieuse mais bien préparée, armée qu'elle fût durant les mois qui précédèrent l'insurrection par les parachutages et les missions des sous-marins.
*Audacieuse mais pas aussi risquée que le pensaient les états-majors à Alger qui voulaient en dissuader les résistants corses. C'était sous-estimer l'efficacité de combattants bien organisés et unis. C'était sous-estimer le patriotisme de la grande majorité de la population sur qui la Résistance pouvait compter ; trop heureux les Corses de laver eux-mêmes la honte de l'occupation italienne commencée fin 1942 avec le consentement des collaborateurs de Vichy ; enthousiastes les Corses à l'idée de poursuivre le combat hors de l'île pour libérer le pays et contribuer à la défaite du nazisme.
Que penseraient les Résistants aujourd'hui ?
Lors du 50ème anniversaire de la Libération, Arthur GIOVONI, dirigeant du Front National de la Résistance, tirait les leçons de ces évènements. « Je crois, disait-il, que lorsque les historiens sereins auront dépouillé le folklore, lorsque se seront tues les querelles personnelles et les querelles de partis, on constatera que ça a été une très belle page de notre histoire ». Et il s'interrogeait : « Que penseraient aujourd'hui ceux qui ont donné leur vie pour la liberté et la démocratie ? ». « Personne n'est autorisé à dire ce qu'ils penseraient, répondait-il. Ce que je crois (cependant) pouvoir dire sans trahir leur pensée, parce que j'ai connu la plupart d'entre eux, c'est que leur combat était (d'abord) un combat pour que la Corse reste terre française. Et deuxièmement, leur combat était un combat pour la démocratie et la liberté, c'était un combat pour les droits de l'homme, pour la Révolution française à laquelle la Corse s'est donnée librement le 30 novembre 1789. Je crois que c'est cela qu'on peut affirmer sans crainte de se tromper », concluait-il.

Le combat pour les droits de l'homme et du citoyen

Avec le recul du temps, ces réflexions faites par Arthur GIOVONI en 1993, font écho à cette déclaration du général De Gaulle, faite le 15 novembre 1941 à Londres. Je cite : « Nous disons : 'Liberté, Egalité, Fraternité' parce que notre volonté est de demeurer fidèles aux principes démocratiques que nos ancêtres ont tirés du génie de notre race et qui sont l'enjeu de cette guerre pour la vie ou pour la mort ».
En effet deux conceptions des droits de l'homme et de la nation s'affrontaient : à la nation inspirée de la philosophie des Lumières et dont les individus (sans distinction d'origine, de race et de religion) sont liés par un contrat politique, le national-socialisme opposait la nation organique constituée d'individus unis par les liens du sang.
Cette conception tribale de la nation -La VOLKGEIST-, née en Allemagne contre la Révolution française a été à la base de l'idéologie nazie. En définitive, c'est sur ces questions fondamentales - droits de l'homme et du citoyen, liberté et démocratie - que dans tous les pays s'affrontaient les protagonistes de la seconde guerre mondiale. Et c'est sur ces questions essentielles que la Résistance fit son unité, rassemblée qu'elle était depuis le 27 mai 1943 dans le Conseil National de la Résistance.

Des valeurs remises en cause à la faveur de la crise

Pourquoi rappeler aujourd'hui ce qui fut, comme le dit le général De Gaulle « l'enjeu de cette guerre pour la vie et pour la mort » ?
Parce qu'à la faveur de la crise, dans nos sociétés en proie au doute et parfois au désarroi, ce sont à nouveau les valeurs universelles dont la Révolution était porteuse qui sont contestées au nom du culte des origines, chacun s'autorisant du sentiment confus de son identité pour faire servir ses passions à n'importe quel usage de pouvoir ou d'intérêt.
Pour affirmer l'identité corse, d'aucuns nous invitent, « ...à sortir de l'universalisme jacobin » pour « ...opérer de nécessaires réajustements en terme de citoyenneté » parce que « ...l'affirmation identitaire consacre l'éclatement de la citoyenneté universaliste » qui doit « ...s'effacer au profit des liens primordiaux, intensément vécus et ressentis, noués à l'échelle du particulier : le sentiment religieux, l'appartenance ethnique, l'usage commun d'une langue ».
On sait où a mené cette idéologie. On sait où elle peut mener encore aujourd'hui. L'Europe, en son sein même et à ses confins a été et est encore le théâtre d'affrontements ethniques ou religieux. Veillons donc à ce que cette idéologie ne gangrène pas nos démocraties.Gageons que la philosophie des Lumières et le programme du Conseil National de la Résistance inspirent l'indispensable construction européenne.

OEuvrer pour la paix en Méditerranée

S'agissant de la Méditerranée, faisons nôtre ce projet du Général De Gaulle esquissé ici-même dans son discours du 8 octobre 1943 lorsqu'il disait :
« Tâchant de porter nos pensées au-delà des combats, des douleurs, des colères du présent et regardant au loin vers l'avenir, c'est d'Ajaccio que nous voulons crier notre espoir de voir la mer latine redevenir un lien au lieu d'être un champ de bataille. Un jour viendra où la paix, une paix sincère, rapprochera depuis le Bosphore jusqu'aux colonnes d'Hercule des peuples à qui mille raisons aussi vieilles que l'histoire commandent de se grouper afin de se compléter ». Et comme la guerre n'était pas encore gagnée, le Général s'empressait d'ajouter : « Ce ne sont là que des rêves pour le futur...»
A nous aujourd'hui, d'en faire réalité. Tout au moins d'oeuvrer à la paix et au rapprochement des peuples de cette région du monde qui est la notre.
« Il dépend de toi, a dit le poète, que ce lieu soit tombe ou trésor ». C'est faire vivre ce trésor de la Résistance que vouloir réaliser ses rêves, tout au moins de continuer à les nourrir. Notre fidélité à ses idéaux nous le commande.

Posted by cabrio2b