Menu

Hommage à Pierre Griffi

L'ANACR 2A avait convié la population ajaccienne au square Griffi pour commémorer l'anniversaire de la mort de Pierre Griffi, fusillé par les fascistes le 18 août 1943. La cérémonie s'est déroulée en présence de Monsieur Lalanne, secrétaire général de préfecture, représentant M. Mirmant, Préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, de Monsieur Paul Antoine Luciani, premier adjoint de la municipalité d’Ajaccio, de Monsieur François Casasoprana, adjoint de la municipalité d’Ajaccio, conseiller général, les colonels de gendarmerie Cayet et Bourin, les représentants des autorités civiles et militaires, les représentants des associations et leur porte-drapeaux.

Cérémonie P. Griffi. août 2013Alllocution de Mario Papi, secrétaire de l'ANACR 2A

Mesdames, Messieurs, merci de votre présence pour l’hommage que l’ANACR 2A rend à Pierre Griffi, officier radio exécuté le 18 août 1943 à l’âge de 29 ans par l’occupant fasciste qu’il était venu combattre dans notre île dont il était originaire par son père ; l’occupant qu’il a par son action courageuse et efficace, contribué à chasser de notre terre de Corse. Pierre Griffi, né à Alger le 13 mai 1914, s’engage très jeune dans la Marine nationale et fait partie de ces hommes et ces femmes qui au lendemain de la déroute de l’armée française, puis de l’humiliante armistice qui précipita notre pays dans le gouffre de la collaboration et de l’abandon des valeurs de la République, ces hommes et ces femmes disais-je qui choisirent le camp de la Résistance pour la libération de la France, le camp du combat contre le totalitarisme et la barbarie.
Le destin de Pierre Griffi (alias Denis) est intimement lié à celui du sous-marin Casabianca que le commandant L’Herminier et son glorieux équipage parviennent à soustraire au funeste sabordage de la flotte à Toulon. C’est dans la nuit du 12 au 13 décembre 1942 que, depuis le Casabianca, Pierre Griffi débarque dans la baie de Topiti, entre Cargèse et Piana. Il fait partie de la mission Pearl Harbour organisée conjointement par les états-majors français et américains, et constituée de spécialistes du renseignement militaire. Parmi eux le commandant Roger de Saule, l’instituteur Laurent Preziosi, l’adjudant Toussaint Griffi, cousin de Pierre et l’officier américain Brown. Le groupe est doté d’un poste émetteur-récepteur sur ondes courtes. Et c’est à travers le maquis et dans une Corse occupée par 80 000 soldats de Mussolini augmenté au printemps de 10 000 soldats de la Wehmarcht , et où sévissent l’OVRA et la Guestapo, que la mission Pearl Harbor parvient à s’installer et à diffuser les renseignements à Alger. Pierre Griffi a bénéficié dans le cadre de sa mission qui aura duré six mois, de nombreux soutiens de citoyens corses qui au risque de leur vie ont fait le choix de leur résister pendant que d’autres optaient pour la passivité ou la collaboration avec l’occupant.
L’occasion m’est donnée de mettre en exergue le rôle important joué par la famille Mariani qui a abrité Pierre Griffi dans le village de Vero, de mars à mai 1943 et qui a participé à la logistique du matériel radio ; Vero d’où Pierre GRiffi échappe de justesse aux occupants fascistes pour être récupéré par François Mariani qui l’installe dans sa maison située dans le quartier de Saint-Joseph à Ajaccio. Mais les véhicules radio gonio détectent les émissions le 11 juin et la maison de Valle Maiò est cernée et Pierre Griffi, François Mariani et d’autres du réseau sont arrêtés par l’OVRA.
Incarcéré à la caserne Battesti, lors des interrogatoires, sous la torture, Pierre Griffi aura pour seule préoccupation d’endosser l’entière responsabilité et de disculper ses compagnons de combat, réussissant à les faire échapper à la peine capitale. Peine capitale qui lui est infligée par le Tribunal militaire de Bastia dont le procureur, devant son courage sera contraint de reconnaître : « Nous avons devant nous une belle figure de soldat français. Il a lutté, il a gagné la première manche, à présent qu’il a perdu la seconde, il est prêt à payer ». La première manche gagnée par Pierre Griffi sur l’occupant fasciste et nazi de Corse, ce sont les 286 messages transmis à l’état major interallié d’Alger parmi lesquels ceux qui ont rendu possibles les parachutages d’armes en montagne et ceux qui conduisirent les Alliés à attaquer de nombreux transports de troupes, dont le Francesco Crispi coulé avec six cents soldats à son bord.
En traversant le couloir qui le mènera le 18 août 1943, au petit matin vers le peloton d’exécution, Pierre Griffi, la veille au soir, encadré par deux carabiniers, s’est arrêté devant chaque porte des cellules de ses camarades pour leur crier : « Adieu les amis, bonne chance dans la vie ! ». C’était le cri d’espoir et d’humanité de celui qui allait mourir le lendemain sous les balles fascistes ; vingt deux jours avant l’insurrection des patriotes corses, 47 jours avant la libération de sa terre, de notre terre de Corse.
Mesdames, Messieurs, en cette année 2013 qui marque le 70ème anniversaire de la libération de la Corse, « premier morceau libéré de la France. » pour reprendre l’expression du Général de Gaulle, chacune de nos commémorations des hommes et femmes qui ont sacrifiés leur vie pour que la population de Corse se libère de l’humiliante occupation fasciste et nazie, et recouvre la liberté et les valeurs humanistes de la France des Lumières et de 1789 ; chacune de ces commémorations, à l’instar de celle qui nous rassemble ce soir, doit revêtir un caractère solennel où se mêlent respect et reconnaissance ; mais aussi et surtout, engagement à faire en sorte que demeure vive leur mémoire et à agir afin que les valeurs qui guidèrent leur combat demeurent les fondements de notre société aujourd’hui.
En nous inclinant ce soir devant le monument qui rappelle son souvenir aux passants, soyons animés par les valeurs qui donnèrent sens au combat de Pierre Griffi, ce jeune homme épris de justice, de liberté et de fraternité.

Posted by cabrio2b