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Jérôme Santarelli nous à quittés.

Hommage à Jérôme Santarelli - 17 février 2008. (Antoine Poletti, membre du bureau national de l'A.N.A.C.R., secrétaire du comité de la Corse-du-Sud des Amis de la Résistance)

Si la disparition de Jérôme (biographie) laisse un grand vide pour sa famille et ses proches, nous, ses amis qui avons eu le bonheur d'oeuvrer avec lui pour la mémoire de la Résistance, sommes un peu comme orphelins. Orphelins, mais riches du précieux héritage qu'il nous laisse.

jerome-santarelli.jpgMais quel héritage au juste?

Sa préoccupation était que la flamme de la Résistance ne s'éteigne pas avec la disparition des derniers Résistants ; que le souvenir en soit gardé, par gratitude pour ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie mais aussi pour prévenir les jeunes générations, les mettre en garde contre la résurgence d'une idéologie qui a mené le monde au bord de l'abîme, les prévenir afin que nous n'assistions pas à une désespérante répétition du passé.

L'instituteur qu'il fut avait bien retenu la leçon de l'historien Marc Bloch, fusillé par les nazis : « Le passé, disait Marc Bloch a pas commander le présent tout entier, sans lui le présent serait inintelligible ». Et c'est vrai que cette période n'en finit pas de nous instruire ; vrai que les valeurs, inspirées par la philosophie des Lumières -les droits de l'homme et du citoyen- qui animaient le combat de la Résistance, sont toujours d'actualité ; vrai qu'elles ont, ces valeurs, une vocation universelle et portent loin dans le futur, par delà la génération de ceux qui en furent les acteurs.

Alors, message oecuménique, effaçant les divergences politiques, les contradictions idéologiques, qui traversaient la Résistance ? Pas du tout ! Mais bien le message d'hommes et de femmes qui surmontèrent leurs différences pour faire front quand la France était menacée de disparaître. « Tout nous divisait, sauf l'essentiel » répliquait le gaulliste Jacques Chaban-Delmas, président d'honneur de l'ANACR à ceux qui tentaient de l'opposer au communiste Rol-Tanguy, le chef de l'insurrection libératrice de Paris.

De cela, Jérôme s'est instruit et nous a instruits. La Résistance s'est nourrie de courants de pensée divers qui surent en cette année 1943 se rassembler dans le Conseil National de la Résistance présidé par Jean Moulin, l'envoyé du Général De Gaulle. Sans cette unité des Résistants, la France n'aurait pas pu s'asseoir à la table des vainqueurs, laver la honte du régime de Vichy et retrouver sa souveraineté, contestée par ses alliés mêmes.

C'est à force de volonté et grâce à l'école de la République que le fils du cordonnier (U figliolu di u scarparu di Vighjaneddu), a pu s'arracher à la modeste condition sociale de ses parents. Cela Jérôme ne l'oubliera jamais. Cela dictera son choix pour le métier d'instituteur et son engagement politique. Mais c'est bien la Résistance et sa mémoire auxquelles il finira par tout subordonner tant lui semblait indispensable qu'en Corse, dans le fracas des bombes, se fasse entendre la voix de la Résistance, la voix des patriotes, tous unis pour rappeler que c'est l'attachement à la mère-patrie qui avait été la principale motivation de leur combat. Tous unis pour dire comme Albert Camus : « Il est bon qu'une nation soit assez forte de tradition et d'honneur pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs. Mais -ajoutait Camus- la nation ne doit pas oublier les raisons qu'elle peut avoir encore de s'estimer elle-même. Il est dangereux -disait-il- en tout cas de lui demander de s'avouer seule coupable et de la vouer à une pénitence perpétuelle ».

C'est cela le message de Jérôme Santarelli et de ses frères d'armes. A nous de continuer à le faire entendre.

Posted by cabrio2b