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Un groupe scolaire « Jérôme SANTARELLI »

Le groupe scolaire du quartier Candia à Ajaccio porte désormais le nom de Jérôme SANTARELLI qui fut longtemps président de l’ANACR de Corse-du-Sud.

Avant le dévoilement de la plaque, la cérémonie avait commencé par les allocutions d'usage ; celle de  Monsieur Paul Antoine LUCIANI, au nom de l’ANACR 2A, que nous publions ci-après ; celle de Monsieur Simon RENUCCI, le maire d’Ajaccio qui a tenu à rappeler qu’il fut son élève à l’école primaire et qu’il a toujours gardé un souvenir fait de respect et d’admiration pour son maître d’école ; celle de Monsieur le Directeur de l’académie de Corse-du-Sud, Mr Guy MOUCHAUD qui rappela les missions de l’école primaire ; celle enfin de Monsieur le Préfet de Corse et de la Corse-du-Sud, Monsieur STRZODA, qui s’est félicité du choix fait par la municipalité d’Ajaccio, en l’occurrence un instituteur Résistant dont toute la vie témoigne de son attachement aux valeurs de la République.

L’allocution de Paul-Antoine LUCIANI, maire-adjoint, membre de l’ANACR 2A

groupe-scolaire-jerome-santarelli.jpgLa Corse commémore aujourd’hui le soixante-neuvième anniversaire de sa libération. Nous le célébrons à Ajaccio, première ville de France libérée, en donnant à une école neuve, dans un quartier en pleine rénovation, le nom d’un éducateur qui fut aussi un libérateur. Un homme de cette terre qui a consacré sa vie à la défendre et à prendre soin de sa jeunesse. Le conseil municipal, à l’unanimité, a choisi de donner à la promesse d’avenir que représente toujours une école, le nom d’ « un des hommes qui sont l’honneur de ce pays », pour reprendre l’expression d’un journal local qui ne pensait pas comme lui.Je veux dire mon émotion et ma fierté d’avoir été sollicité par L’ « Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance » (ANACR 2A) pour rappeler et saluer, au nom de ses adhérents –beaucoup ici en font partie- l’engagement et le parcours de Jérôme Santarelli, un homme d’exception ; un homme d’exception qui n’aurait guère apprécié qu’on lui applique ce qualificatif, lui qui était la modestie même. Mon émotion est d’autant plus vive que de cette tâche mémorielle m’est confiée en ma qualité de premier adjoint au maire d’Ajaccio, Simon Renucci, qui préside cette cérémonie ; et que j’ai aussi le devoir et l’honneur de représenter ici tous les amis de Jérôme Santarelli. On ne peut, dans le cadre de cette cérémonie, raconter en détail l’histoire d’une vie si bien remplie. Mais on peut en rappeler quelques temps forts particulièrement riches d’enseignements. Il existe d’ailleurs sur le site internet de l’ANACR une biographie de Jérôme Santarelli ; elle a été établie par l’historienne Hélène Chaubin qui vient de publier, le mois dernier, un très bel ouvrage, « La Corse à l’épreuve de la guerre », qui permet de situer dans notre histoire contemporaine la place et le rôle des hommes tels que lui.Né à Viggianello dans une famille très modeste contrainte d’aller s’installer à Toulon pour que le père de famille trouve du travail, Jérôme Santarelli est admis à l’Ecole normale d’instituteurs d’Ajaccio. On ne dira jamais assez le rôle joué par cet établissement dans la Corse de la première partie du vingtième siècle, notamment au sortir de la grande guerre. Il était le principal, sinon l’unique, outil de formation capable de préparer localement les cadres dont la société corse avait besoin pour se développer. Il fut aussi une très belle école de civisme. Très tôt, Jérôme trouve la voie de l’engagement social et politique en adhérant en 1935 au parti communiste, seul outil susceptible, à ses yeux, de donner un prolongement à sa révolte contre les injustices. Affecté en 1938 à Sartène comme instituteur, il sera muté autoritairement à Serraggia, en novembre 1940, à cause de son appartenance politique. C’est la guerre, son parti est interdit, ses militants, peu nombreux en Corse, sont surveillés et pourchassés. Après l’invasion italienne, le 11 novembre 1942, Jérôme, dès le 2 décembre, entre dans la clandestinité. Il sera accueilli par la famille Tramoni, à Iena, près de Mola, dans la vallée de l’Ortolo. Avec Joseph Tramoni (qui sera maire de Sartène), il trouve refuge dans une grotte et recommence rapidement à nouer des contacts dans la population pour organiser la résistance.Le Front national lui confie en mars 1943 le poste de responsable militaire de l’arrondissement d’Ajaccio. Il participe notamment à une réunion avec l’envoyé du général Giraud, Paul Colonna d’Istria, dont nous allons aujourd’hui même commémorer le souvenir en inaugurant une stèle près d’ici. Le 27 juin 1943, il prépare avec Jean Nicoli la réception, sur la côte des Agriates, du sous-marin Casabianca qui doit livrer des tonnes d’armes de guerre à la résistance. Cernés, ils sont arrêtés. Ils seront jugés par le Tribunal militaire italien, le 28 août : Jean Nicoli sera sauvagement exécuté le 30 août, et Jérôme Santarelli condamné à 30 ans de prison et à la déportation en Italie. On peut imaginer le traitement que les fascistes leur ont infligé pendant les interrogatoires car Jérôme parlait très peu de lui. Il a passé sa vie à défendre la mémoire de ses camarades fusillés ou morts au combat. On sait seulement par sa femme que, lorsqu’elle est allée le voir, à Bastia, avant sa déportation en Italie, il avait reçu tant de coups qu’il ne pouvait plus signer de sa main une procuration pour elle…

Posted by cabrio2b