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Actualités 83ème anniversaire de la mort de Jean Nicoli

31 août 2026
Jean Nicoli

Comme chaque année, le 30 août, à la date anniversaire de sa mort, au pied de l’immeuble où il fut arrêté, les Ajacciens se souviennent. Ce 30 août 2026 la cérémonie commémorative était présidée par Mr Eric Jalon, préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud. Antoine Poletti de l’ANACR 2A a prononcé une allocution en hommage au héros et martyr de la Résistance, fusillé le 30 août par l’occupant italien.

“Il y a 83 ans, le 30 août 1943, Jean Nicoli tombait sous les balles d’un peloton d’exécution, en application d’une sentence du tribunal militaire italien prononcée deux jours auparavant. Le même sort avait été réservé à l’adjudant-chef Michel Bozzi de la mission « Pearl Harbour » auquel » nous avons rendu hommage ce matin.

Un procès vite expédié. Une mort héroïque

“L’historien et journaliste italien Fabrizio Carloni, dans un livre publié en 20161Fabrizio Carloni. L’occupazione italiana della Corsica. Ed. Mursia.2016. P. 109, rapporte le témoignage recueilli auprès de l’adjudant-chef Ottone qui avait commandé, à contrecœur lui a-t-il dit, le peloton d’exécution : “…avant l’exécution, un des derniers jours d’août, le sous-officier Ottone apparu au témoin Gérard Comte, [un jeune Bastiais…], très préoccupé parce que, confia Ottone au garçon, il craignait que lui soit confiée la tâche de commander un peloton d’exécution pour fusiller des patriotes français”. Dans les jours qui suivirent écrit Carloni : “Gérard vit passer devant la villa un camion bâché à l’intérieur duquel étaient des militaires chargés de l’exécution. Une fois la sentence exécutée, Ottone [parce que c’était lui qui commandait le peloton] confia à notre témoin [Gérard Comte], que le condamné était mort en criant à ses justiciers : « Voi mi fucilati in la schiena perché non avete il coraggio di guardarmi. Viva la Francia ! »  Vous me fusillez dans le dos parce que vous n’avez pas le courage de me regarder. Vive la France ! »

“Fusillé dans le dos, une mort infamante réservée aux traîtres que ses juges lui avaient infligée parce que durant le procès il leur avait tenu tête. Et au moment de son exécution, c’est à ses fusilleurs qu’il a lancé un dernier défi. Ils le lui feront payer puisqu’on retrouvera plus tard son corps décapité. Reste que jean Nicoli a tenu la promesse que Michel Bozzi et lui-même avaient faite à leurs camarades incarcérés à la caserne Vautrin de Bastia. Dans les heures qui avaient précédé leur mort, ils leur avaient adressé une lettre où on pouvait lire : « Nous mourrons en Corse Français et le procureur du roi l’entendra de ses oreilles.»2Le patriote. Octobre1943

“L’exécution a eu lieu le 30 août, à quelques jours de l’armistice signé le 3 septembre et rendu public le 8 septembre au soir. Deux mois étaient passés depuis son arrestation, le 27 juin, dans cet immeuble en compagnie de notre regretté président de notre association, le capitaine FFI Jérôme Santarelli, deux mois que Jean Nicoli attendait son jugement dans un cachot de la caserne Battesti, à Ajaccio. Quand le 25 juillet Mussolini avait été déchu et emprisonné, les patriotes incarcérés pouvaient nourrir l’espoir d’une capitulation ou d’un armistice prochain, et consécutivement leur libération. Or, paradoxalement, c’est l’imminence de la signature d’un armistice avec les Alliés qui semble avoir précipité la fin tragique de Bozzi et Nicoli.

 Pourquoi une telle précipitation du commandement italien ?

“Jean Nicoli est emprisonné depuis le 27 juin à Ajaccio. Rien ne se passe durant deux mois puis les évènements se précipitent :Le 26 août, transfert à Bastia
Le 27 août, ouverture du procès devant le Tribunal militaire fasciste.
Le 28 août, le procès s’achève : Michel Bozzi et Jean Nicoli sont condamnés à mort.
Le 30 août, la sentence est exécutée.
Pourquoi tant de précipitation alors que la capitulation ou l’armistice qu’on attend depuis la chute du dictateur est imminente ? Il est peu vraisemblable que le général Magli, longtemps en poste à l’état-major à Rome, et apprécié par ses supérieurs, ait été tenu dans l’ignorance des négociations avec les Alliés anglo-américains, entamées depuis fin juillet avec le gouvernement Badoglio. Pourquoi, une fois le verdict prononcé, le général se hâte-t-il de l’exécuter ? Pourquoi n’a-t-il pas demandé un recours en grâce au roi comme le fait, systématiquement avec succès son homologue de la région du sud-est de la France, le général Vercellino. Toutes les demandes lui sont revenues de Rome acceptées.

En Corse, Magli est intraitable. Même la démarche de Francette Nicoli, sa fille, auprès du général ne le fait pas fléchir. Nicoli sera exécuté. Le 30 août à 3 heures du matin, à quelques heures de son exécution, Jean Nicoli réserve sa dernière lettre à ses enfants : « Tout à l’heure je partirai. Si vous saviez comme je suis calme, je dirai presque heureux de mourir pour la Corse et pour le Parti. Ne me pleurez pas. Souriez-moi. Soyez fiers de votre papa, il sait que vous pouvez l’être. La tête de Maure et la fleur rouge, c’est le seul deuil que je vous demande

Dernières tentatives d’évasion. Derniers espoirs.

Un dernier espoir est cependant permis : le colonel des Chemises Noires, Gianni Cagnoni, avec qui la résistance a déjà négocié avec parfois des résultats, a promis de « fournir le peloton d’exécution et faire évader Jean Nicoli pendant son transfert au fort Lacroix, au cours d’un simulacre d’attaque que prépare un groupe de patriotes bastiais»3Maurice Choury. Tous bandits d’honneur. Ed. A. Piazzola 2011. P. 103. Méfiance du commandement italien qui aurait suspecté Cagnoni ? Illusion des résistants sur la volonté ou les capacités de Cagnioni de tenir sa promesse ? En tout état de cause ce dernier espoir s’évanouit. Un de plus après tant d’autres auparavant. D’abord un plan d’évasion élaboré avec les cheminots prévoyant une attaque du train, vers Tavera, sur le trajet qui va transporter les prisonniers d’Ajaccio vers Bastia4Le plan est vraisemblablement éventé par l’ennemi qui décide de ce transport non par le train mais par la route, dans un camion bâché. Une attaque du camion est d’abord envisagée puis abandonnée parce que trop risquée pour la vie des prisonnier.

D’autres projets d’évasion avaient été étudiés : faire prisonnier un officier italien de haut rang et l’échanger contre Jean Nicoli. Deux tentatives échouent : une dans le centre de la Corse5Interview d’Albert Ghérardi, responsable du groupe du front national de Campitello, Volpajoa, Scolca et Morosaglia. Interview publiée par le Petit Bastiais n° 131 du 08.08.2001. « …une embuscade sur la route d’Ortiporio, à la sortie sud de Campile. La mission était confiée à un commando sous les ordres d’Albert Gherardi, responsable du Front National des groupes de Campitello, Volpajola, Scolca et Morosaglia. « Hélas, nous avons attendu trois jours en vain », l’autre dans le sud de la Corse6Témoignage d’Albert Ferracci : « En deux endroits, les 20 et 21 juillet, un guet-apens est mis en place : un sur la route de l’Ospedale, l’autre sur la route dite stratégique qui mène de Levie à Sotta. Les patriotes attendent vainement puis, le 25 juillet, à l’annonce de la chute de Mussolini, ils reçoivent l’ordre de rejoindre leur maquis. Ce dernier est abandonné après l’annonce de l’arrestation de Mussolini. La chute du dictateur avait en effet nourri parmi les résistants l’espoir – trop d’espoir peut-être ? – d’une fin imminente de l’occupation italienne et par conséquent la libération des prisonniers. Mais c’était sans compter sur l’obstination d’un commandement italien en Corse qui se résout à contrecœur à la défaite de son pays et à la fin du régime fasciste.

Le culte du passé pour l’espérance d’un avenir commun

La Corse est libérée de l’occupant allemand le 4 octobre. Le général de Gaulle arrive en Corse le lendemain. Sa tournée s’achève le 8 octobre à Ajaccio.
Sur la place, noire de monde, qui porte désormais son nom, le général de Gaulle prononce un discours dans lequel il rend hommage aux combattants venus d’Algérie où insulaires ; un hommage aux patriotes corses dont il salue l’initiative d’une insurrection dont il avait craint l’issue. « Les patriotes corses, dit le général de Gaulle, groupés par le Front national, auraient pu attendre que la victoire des armées alliées réglât heureusement leur destin. Mais ils voulaient eux-mêmes être les vainqueurs. Ils jugeaient que la libération ne serait point digne de son propre nom si le sang de l’ennemi ne coulait pas de leurs propres mains et s’ils n’avaient point leur part dans la fuite de l’envahisseur».

Comme Michel Bozzi, à quelques jours près, Nicoli n’aura pas le bonheur de savourer une victoire à laquelle il a tant contribué. Lui, le responsable à l’armement du Front national qui jusqu’à son arrestation, fin juin, avait sillonné la Corse pour être le plus souvent présent à la réception et à la distribution des armes et des munitions : sur les côtes où abordait le sous-marin Casabianca et sur les terrains de parachutages. 83 ans plus tard, continuons d’entretenir le souvenir de Jean Nicoli et de tous ses compagnons d’armes, d’entretenir la flamme de la Résistance. Car écrit notre compatriote, le philosophe Jacques Muglioni : « Nous n’aurions aucune idée de l’humanité, si nous n’étions pas capables d’entretenir le souvenir d’un passé qui nous porte et persiste à nous dispenser sa gloire […]. « La vraie commémoration, poursuit Muglioni, est tournée vers l’avenir. C’est en ce sens que le culte du passé renouvelle, dans le cœur des vivants, l’espérance d’un avenir commun »7Jacques Muglioni. L’école ou le loisir de penser. Ed. Centre National de documentation pédagogique. 1993. Ces mots ont une résonance particulière dans notre actualité.

Vive la Corse, Vive la France.

Antoine Poletti

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