Communiqué de l’ANACR 2A – 70ème anniversaire. Jamais anniversaire décennal de l’insurrection-libération de la Corse ne fut célébré avec autant d’éclat depuis le 50ème anniversaire : cérémonies traditionnelles de l’insurrection le 9 septembre en présence du secrétaire d’État aux Anciens Combattants, suivies par celles de la Libération, en présence du chef de l’État le 4 octobre.
Oh, il y eut bien quelques ratés comme l’omission de Petreto-Bicchisano, haut-lieu de la résistance insulaire même pas mentionné dans son discours dans l’Alta Rocca pourtant si proche. Autre omission : celle du drapeau corse aux côtés de celui de la France et de l’Europe à la mairie de Bastia, alors que la Résistance corse a confondu dans une même motivation de son combat l’amour de la grande et de la petite patrie. Ce petit prurit cocardier a eu son pendant : le refus des nationalistes corses de participer aux cérémonies commémoratives avançant que : « la récupération de l’évènement par l’administration, préfectorale notamment » ou autre argutie : « l’histoire de la libération de la Corse a été occultée depuis 70 ans par la France, il ne saurait être question de cautionner une manifestation alibi ». Oubliant au passage les fastes de la commémoration du 50ème anniversaire en présence de François Mitterrand.
Heureusement, ce n’est pas ce que retiendra la Corse de ce 70ème anniversaire mais bien l’hommage de la nation à la Corse qui a eu « la fortune et l’honneur d’être le premier morceau libéré de la France ». Avant que ne soient célébrées les grandes dates du 70ème anniversaire des débarquements alliés et des combats de la libération en 2014, le rappel de celle de la Corse était une opportunité pour les médias et les éditeurs de manuels scolaires qui l’omettent souvent – Bayeux, première ville de France libérée ! Et puis, en ces temps de basses eaux républicaines, le souvenir de la Résistance et de ses valeurs arrive à point nommé alors que celles-ci sont aujourd’hui contestées. A point nommé parce que « les souvenirs sont nos forces. Ils dissipent les ténèbres » écrit Victor Hugo. « Ne laissons pas s’effacer les anniversaires mémorables. Quand la nuit essaye de revenir, il faut allumer les grandes dates comme on allume des flambeaux »
Ce qu’on aura retenu aussi de ces cérémonies en Corse, ce sont quelques grandes figures de la Résistance insulaire rappelées dans les discours et dans les médias. Si certain(e)s d’entre eux (elles) sont souvent honoré (e)s, c’est parce qu’ils sont-ils (elles) sont les porte-drapeaux de cette armée de l’ombre dont les soldats, tous, ont droit à notre respect et notre gratitude. Ainsi l’a exprimé dans son émouvant et puissant discours, Léo Micheli, un des derniers survivants de cette belle page d’histoire de la Corse : « La Résistance est une et indivisible ». C’est pourquoi sont vains et dérisoires les portraits hagiographiques érigeant tel Résistant en stratège solitaire, tel autre en chef de guerre, alors qu’il n’y avait pas de chef protestait Arthur Giovoni mais « seulement des responsables… ce beau mot : responsable ». De même, est vain et dérisoire l’accaparement des martyrs pour servir les passions politiques du présent. « Il n’est pas moins déloyal de s’approprier les morts que de les oublier » dit Alain Finkielkraut. Pas moins dommageable d’oublier leur transcendance que d’oublier leur existence ».
Antoine Poletti