Né le 17 septembre 1919 à Nabeul (Tunisie) et décédé le 17/06/1940 en Méditerranée, (mort pour la France)
Ce jeune homme, d’origine corse, mort pour la France, était un sous-marinier, qui a disparu, à 21 ans, en méditerranée tunisienne à bord du sous-marin “Morse” le 16-17 juin 1940. Il était aussi un poète français, auteur d’un unique recueil Outlines, paru en 1939, ainsi que d’autres poèmes diffusés dans quelques revues dont la première revue littéraire de la résistance « Fontaine ».

La jeunesse, et la vocation de poète,
Il est le fils de Laurent Venturini, ouvrier au port de Toulon, né le 08 mars 1872 à Piana, Corse du Sud, dans le hameau de Vistale (dans la maison de son père, Simon, cultivateur), et de Marie Félix Tramini (née le 16/01/1881à Focicchia), qui se seraient mariés à Toulon le 21 août 1902 et seraient partis en Tunisie puis au Maroc dans la région de Meknès. Jean Venturini est le benjamin d’une fratrie de trois enfants avec sa sœur aînée, Hermine, et son frère Louis. Il passe une partie de sa petite enfance en Tunisie, puis au Maroc, non loin de Meknès, auprès de sa sœur et de son frère. Il suit ses études secondaires, en internat, à Meknès, au lycée Poeymirau jusqu’à sa classe de 3ème de 1932 à 1934. Comme sa sœur s’est installée au Sénégal, il l’a rejoint en 1935, et s’inscrit au lycée Van Vollenhoven de Dakar où il poursuit ses études en classe de seconde et de première. Dès cette nouvelle scolarité, il s’enthousiasme pour la poésie. Il écrit à l’âge de seize ans des cahiers entiers de poèmes. Il retourne au Maroc, à Meknès, et réintègre son lycée d’origine dès 1938.pour achever ses études secondaires.
L’engagement militaire à l’entrée en guerre de la France en 39-40
Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne qui a envahi la Pologne, Jean Venturini aura juste eu le temps de publier, en novembre 1939, à Casablanca, un unique recueil de la plupart de ses poèmes, Outlines[3] avant de s’engager dans la marine nationale à Casablanca. Il reçoit son affectation dans les forces sous-marines de Bizerte (Tunisie) avec une formation de 6 mois comme radiotélégraphiste. De là, il embarque sur le sous-marin Morse (intégré à la 5e Escadrille de sous-marins, avec le Caïman, le Souffleur, le Nautilus).

Le 11 juin 1940, le Morse, part en mission avec les trois autres sous-marins pour patrouiller le long des côtes tunisiennes vers le golfe de Gabès, et notamment contrôler le trafic maritime italien. Leur retour au mouillage à Sfax (Tunisie) est normalement prévu le 18 juin sauf pour le Nautilus qui mouille, quant à lui, des mines devant Tripoli mais, en revanche, le Morse ne donne aucune nouvelle. Quelques jours plus tard, au large du port de Sfax, la mer commence à rejeter plusieurs corps de l’équipage, les autorités maritimes déduisent que le Morse au moment de sa relève par le Souffleur, le 17 juin, a probablement sauté, par une erreur de navigation, sur une mine d’un champ de mines défensif français.Dès lors, comme tout l’équipage, Jean Venturini est ainsi considéré disparu, et mort pour la France, le 17 juin 1940.
L’épave du Morse, sera finalement repérée deux mois plus tard, le 16 août 1940, par un hydravion, au sud-est des îles Kerkennah, par 27 mètres de fond, coupée en deux, à l’entrée du chenal de Sfax. Son corps a été inhumé au cimetière de Gammarth, en Tunisie, devenu par décision du 5 janvier 1944, un cimetière militaire français (7ha) sur les hauteurs de la ville, et entretenu par le Service des anciens combattants de l’ambassade de France. Il a été décoré de la médaille militaire. Depuis, de nombreuses personnalités importantes s’y sont rendues pour s’y recueillir et y déposer une gerbe en mémoire des soldats morts pour la France, dont le Président de la République française en 2006, Jacques Chirac.
L’œuvre poétique, précoce, et interrompue par la guerre

Quant à l’œuvre poétique de Jean Venturini, ses écrits furent oubliés jusqu’à une date récente. L’un des derniers poèmes connus, Ballade d’un qui part (qui ne figure pas dans Outlines) avait été publié par une revue littéraire et poétique fondée en avril 1939 par Max-Pol Fouchet à Alger, la revue « Fontaine » dans son no 6 de novembre-décembre 1939. Après l’entrée en guerre, la revue publie des écrivains résistants installés à Alger. Elle devient rapidement sous l’Occupation, la tribune de la résistance intellectuelle française, contre le nazisme, à travers notamment des écrivains engagés (comme Georges Bernanos, Louis Aragon, Antonin Artaud, René Char, Georges Blin (qui a été son secrétaire en 1945-1947), Claude Roy, Jules Supervielle, Max Jacob, Henri Michaux, Pierre Boutang, etc…). D’ailleurs, Max Pol Fouchet demande à Laurent Preziosi, son ami, en fuite en Corse en 1941, et futur agent de la mission « Pearl Harbour », de faire diffuser par certaines librairies, à Bastia et Ajaccio, cette revue, à l’appui d’une lettre qu’il lui adressait avant son retour à Alger pour participer à l’aide au débarquement des alliés le 8 novembre 1942.
Max-Pol Fouchet dira de lui : « Il est l’un des morts de cette guerre. Le submersible où il servait, disparut de la surface. Peu de jours avant, il nous écrivait : « En route pour la poésie des fonds marins. » Prescience. Singulière prescience […]. Nous qui nous épuisons en plongées au plus obscur du monde et de la vie, et qui en revenons si souvent désappointés et les mains vides. Comment oublierions-nous Jean Venturini, ce camarade demeuré, avec son secret, dans un silence plus vrai que nos paroles ? À cet enfant du silence, gardons, pour ne pas trahir, le meilleur du nôtre. Son ami d’enfance Marcel Kadosch se souvient « … quand sa disparition a été connue à l’automne 1940, des articles ont paru aussitôt dans les journaux du Maroc, en particulier dans la « Vigie Marocaine » que je lisais à Casablanca, pour rappeler son livre de poésie publié juste à la veille de la guerre et honorer la mémoire d’un écrivain de talent dont la vie était injustement fauchée ». Et, pourtant, hormis le poème « Sang » publié en 1998 par Pierre Seghers dans son « Livre d’or de la poésie française des origines à 1940 », les poèmes de Jean Venturini tombent dans l’oubli. Il faut attendre 2009, où les Editions Vaillant retrouvent un exemplaire de ce recueil chez un ancien camarade de l’auteur et republient « Outlines », 70 ans après la première publication, à la grande satisfaction des amateurs de poésie. Le lectorat trouve une influence rimbaldienne dans son écriture. « J’ai brisé ces chaînes que l’on croit éternelles / Et j’ai durci mon âme et tué les souvenirs / Famille, amour, amitié, haine, j’ai tout vendu, / J’ai tout renié. J’ai étranglé les joies tranquilles / Et les bonheurs monotones… ». Il manifeste une certaine révolte et désir d’aventure et rend un hommage aux éléments primordiaux, vents, mer, mais aussi au Maroc dans une quête affective et onirique dans le sillage du surréalisme. Elle annonçait un grand poète disparu en pleine jeunesse.
Georges Preziosi
- (Source : Service Historique de la Marine, bureau des matricules de Toulon, articles et commentaires de la biographie effectuée par Madeleine Kérisit sur le site de l’association « Aux marins » (à la mairie de Plougonvelin)