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BiographiesEvénements CARLI François

17 février 2026
François Carli
François Carli dit « Stone »

Né le 16.07.1907 à Carbini (Corse-du-Sud). Décédé le 19.03.1995 à Ajaccio.

Il fait partie de l’équipe rapprochée de Jean Nicoli, avec André Bozzi, André Giusti et Jules Mandoloni. Il est pour ainsi dire de toutes les opérations militaires avec Jean Nicoli de janvier 1942 jusqu’au décès de ce dernier le 30 août 1943. Il s’intègre aussi à la mission Pearl Harbour dans laquelle il est associé en toute confiance et complicité. Il part avec Jean Nicoli et ses compagnons dans différentes régions de la Corse avec Toussaint Griffi et Laurent Preziosi pour se rapprocher des différents réseaux de résistance et participer à leur regroupement jusqu’à l’intégration dans le Front National de Résistance.

L’historique de sa jeunesse n’a pu encore être établi.
Bien que né à Carbini, Il est originaire par ses parents d’Azilone Ampaza. Son père Angelin Carli est instituteur, et a été affecté à l’école publique de Zigliara. Sa mère, Caroline Carli, née Marcellesi, enceinte, a dû se rendre au domicile de la sage-femme à Carbini où elle accouche de son fils François dans la soirée du 16 mai 1907. François est donc en fait un «Aziluninchu», un originaire d’Azilone. Toutefois, les éléments d’information sur l’évolution de sa jeunesse d’avant guerre ne sont pas actuellement connus. Lorsque fin juillet 1942, Arthur Giovoni revient de sa mutation de l’Éducation Nationale de Bastia à Rodez, Carli fait le choix d’entrer en résistance active avec lui par la constitution d’un premier groupe de résistance à Azilone-Ampaza avec une vingtaine de personne dont son frère André, le maire du village, Antoine et André Bozzi.

Son engagement total pour résister à l’occupation mussolinienne
Le soir de l’occupation italienne le 11 novembre 1942, au milieu du trouble et de la consternation générale, il se rend à Ajaccio avec Arthur Giovoni, qui veut établir le contact avec Nonce Benielli, et repart avec lui et André Giusti dans les cantons de Sainte-Marie Sicché et Zicavo où le groupe de résistance est élargi. Il a 35 ans. En janvier 1943, Il revient à Ajaccio et participe aux premières réunions dans l’appartement des Stefanaggi1Elle est veuve d’un officier de 14-18 et vit avec son fils Jean-Toussaint et ses filles, Lucette et henriette, près de la gare ferroviaire, entre le groupe communiste de résistance ajaccienne (responsables Nonce Benielli et Arthur Giovoni), et les quatre premiers de la mission «Pearl Harbour» : Roger de Saule, chef de mission, Toussaint Griffi, le radio Pierre Griffi et Laurent Preziosi. Ils ont pour mission de préparer la coordination avec d’autres réseaux en Corse et les contacts avec les autorités d’Alger.

Carli, «l’Aziluninchu», aide les agents à la prise de contact avec des commerçants patriotes pour leur permettre, de disposer d’un entourage de confiance, d’hébergement, et d’obtenir des informations régulières sur l’occupant. Avec Jean Nicoli, tous les deux, ils parcourent sans relâche toutes les routes qui mènent à Ajaccio, pour mieux anticiper en cas de guérilla, les points de passage obligés de l’ennemi et les points de repli des patriotes. Il devient, à ce moment-là, l’un des adjoints de l’équipe militaire de Jean Nicoli.  A la suite des premières décisions importantes en réunions régulières chez les Stefanaggi, le radio Pierre Griffi transmet un message pour solliciter des autorités d’Alger une importante livraison d’armes dans un lieu accessible à un date déterminée.

Les déplacements à l’intérieur de l’île pour obtenir l’accord de coordination des réseaux locaux

Fin janvier 1943 en attendant une réponse, Jean Nicoli, André Giusti, et François Carli décident de partir faire une tournée dans la zone Nord avec deux agents de «Pearl Harbour», Laurent Préziosi et Toussaint Griffi, pour rencontrer les groupes que ces derniers ont contactés. Après les passages de ville en ville, tout le nord fut coordonné quand ils rencontrent notamment, à Bastia, Jacques-Louis de Montera, Dominique Casanova, Roger Soulairol, Sébastien de Casalta, Dominique Poli, Michel Seï et aussi notamment à Ile Rousse les responsables de Balagne (Dominique Spinosi et Roch Spinosi, Jean Baptiste Le Bras, Dominique Casanova). Néanmoins, depuis l’arrestation du peintre Barta, l’équipe de Pierre Casale sur St Florent était constamment sous très étroite surveillance, et manifestait ses difficultés à demeurer sans armement.

L’organisation de la réception des armes et munitions

De retour, François Carli fait partie des personnes qui doivent réceptionner les armes. Le 6 février 1943 la livraison (4.500 mitraillettes et 60.000 cartouches) est prévue sur la plage d’Arone (au sud de Piana) par le sous-marin Casabianca, avec une prise en charge par les responsables locaux et ceux d’Ajaccio. Avec son groupe (Jean Nicoli, André Giusti, André Bozzi), et deux agents (Toussaint Griffi et Laurent Preziosi), ils ont préalablement rendez-vous dans la bergerie, «U Solognu», de la famille Nesa, à Marignana, en région de Piana avec les , résistants locaux, les trois sous-mariniers puis le commandant de Saule qui rejoint tout le monde dans la matinée.. Ils partent d’Ajaccio dans une grand voiture gazogène, Jean Nicoli, près de la porte avant, leur rappelle la consigne sachant qu’Ils doivent passer par Sagone, Cargèse, Revinda : ne pas se soumettre à un contrôle, situation trop dangereuse pour la suite de l’opération, et dans ce cas, fuir dans le maquis pendant qu’il tirera sur l’ennemi.

La baie d’Arone se situe plu au nord, entre la baie de Chiuni et le golfe de Porto. L’accès à la plage est difficile. Tous les sentiers qui y conduisent, sont étroits, et traversent un très épais maquis fait de bosquets aux branches résistantes qui recouvrent des flancs de collines très abrupts. A l’issue de la réunion, la décision est prise selon les indications des locaux de constituer 3 groupes et d’emprunter des sentiers différents pour parvenir à la plage avec des mulets. Chaque groupe aura pour guide un résistant local qui connaît bien ces sentiers. Ainsi, François Alessandri et Jean Alfonsi, de Piana, guideront l’équipe ajaccienne de Jean Nicol dont fait partie François Carli. Charles Nesa conduira par un autre sentier, de Saule, Toussaint Griffi et Laurent Preziosi. Benoît Nesa prendra la tête du groupe des 3 sous-mariniers. Tout le monde doit se retrouver dans une maisonnette de bergerie près de la plage, «A Martinella».

La réception des armes et munitions sur la plage d’Arone le 6 février 1942

Le 6 février 43 à 1h du matin, François Carli, arrivé avec son groupe sur la plage, voit le commandant de Saule déjà en discussion avec 4 hommes qui s’étaient cachés dans le maquis tout proche. Ils ont été déposés la veille par le sous-marin Casabianca, soit la nuit du 5 janvier, un jour avant la date prévue. Il apprend que deux des quatre personnes sont des sous-mariniers, Paul Asso, quartier-maître, et Robert Cardot, matelot mécanicien, qui auraient dû rejoindre le Casabianca mais n’ont malheureusement pu remettre à flot leur embarcation qui s’est ensablée lors de leur amerrissage sur la plage (le groupe des sous-mariniers sur l’île est dorénavant porté à 5 personnes). Les deux autres personnes sont des agents supplémentaires de la mission envoyés par les services spéciaux d’Alger qu’il leur faut aussi héberger et protéger sur Marignana ou Piana. Il s’agit de l’adjudant-chef, Michel Bozzi et de son radio opérateur, Jean Chopitel, dit «Tintin», qui viennent renforcer l’équipe de la mission sur le sud de la Corse. Il apprend encore que le Casabianca ne devrait revenir que le 7 février pour débarquer les armes et les munitions. Ils repartent donc tous à la maisonnette de berger, «A Martinella», sans savoir que pendant cette nuit du 6 février, le Casabianca a refait surface pour déposer les 450 mitraillettes et les 60.000 cartouches en les camouflant sous des feuillages. Vers 3 heures du matin du 6 février, les résistants retournent sur la plage pour détruire et effacer toute trace de l’embarcation, et découvrent ainsi tout le stock déposé.

La répartition des armes, l’hébergement de nouveaux agents dans plusieurs régions

François Carli contribue donc à acheminer rapidement le stock vers d’autres lieux, et, avant l’aube, tout est mis à l’abri. François Alessandri et les 2 autres pianais remontent en déposer une part importante dans la bergerie de la famille Nesa pour les résistants locaux. Ils redescendent pour aider les autres résistants restés en bas en leur apportant des provisions alimentaires (charcuterie, fromage, pain) afin de reprendre des forces. Carli et son équipe transportent les caisses dans la région d’Ajaccio. Nicoli, et Giusti réussissent en un temps record à trouver une camionnette à double fond pour distribuer une partie des armes aux résistants de la région de Sainte Marie Siché et Petro-Bicchisano. Les deux nouveaux agents qu’ils ne connaissent pas, Michel Bozzi et son radio « Chopitel», vont être acheminés dans le sud, et les deux nouveaux sous-mariniers qui n’ont pas pu regagner le Casabianca, Paul Asso et Robert Cardot, vont être cachés principalement au maquis à Marignana dans la bergerie «U Solognu» de la famille Nesa.

Le projet d’enlèvement d’un général italien

Sous la conduite de Jean Nicoli, Carli participe à la mi-février avec 2 de ses autres camarades, André Giusti et Jules Mandoloni à l’élaboration d’un plan d’enlèvement d’un général italien dans un maison réquisitionnée à Petreto. Lors d’une des réunions chez les Stefanaggi à Ajaccio, le déroulé de l’opération envisagé sur place est exposé par Jean Nicoli. Il démontre qu’il est fort possible de s’introduire, sans être vus, dans cette maison au centre du village, par une soupente dont la porte s’ouvre dans le jardin tout autour. Le général est seul dans une grande pièce au 1er étage. Il serait facile de déjouer la vigilance de ses subordonnées au rez de chausée, soit deux sentinelles gardant l’entrée et 2 ordonnances dans les bureaux. Il suffirait de le bâillonner, de le ligoter immédiatement et de l’emmener ensuite par le même passage pour le transporter en lieu sûr. Les renseignements sont fiables et fournis par le propriétaire de la maison qui est un patriote en contact depuis un certain temps avec le groupe. Après discussion entre participants, il est convenu que l’opération revêtirait un aspect spectaculaire si le général pouvait être expédié rapidement en Algérie. L’idée de l’utilisation du sous-marin Casabianca est soulevé sachant que le général pourrait être transporté en bord de côte à Solenzara, en passant par Aullène. Ils imaginent que l’annonce, par les radios d’Alger et de Londres, de l’enlèvement d’un général représentant les forces d’occupation susciterait une large audience auprès des forces françaises et alliées, et aussi un regain d’espoir. L’exposé de ce plan suscite l’enthousiasme et l’hilarité de tous les participants. Malgré le retentissement national dont pourrait bénéficier la réussite de cette action, le projet est, toutefois, refusé par les autorités d’Alger qui craignent une forte riposte répressive, susceptible de compromettre la réussite du projet de futur débarquement.

La protection du retour de deux agents de la mission «Pearl Harbour»

Le 24 février 1943, lors d’une réunion des principaux responsables à Ajaccio, François Carli s’est porté volontaire, comme tous les membres de l’équipe militaire de Jean Nicoli, pour protéger le départ de l’Ile, de deux agents, Laurent Preziosi, Toussaint Griffi et aussi des cinq sous-mariniers, Georges Lasserre, Pierre Vigot, Jean Lionnais, Asso et Cardot qui n’avaient pu ré-embarquer dans le Casabianca. Les deux agents ont reçu l’ordre de rentrer à Alger parce que l’occupant italien a connaissance de la présence d’agents extérieurs, sans toutefois disposer ni de leurs noms ni de leurs descriptions. Leur mission est quand même accomplie. Les autorités souhaitent aussi entendre de vive voix les informations recueillies. Carli doit donc participer à leur protection d’Ajaccio jusqu’à l’accès au sous-marin Casabianca à Solenzara. Dominique Poli est chargé d’organiser leur venue jusqu’à ce lieu près de sa maison. Le voyage d’Ajaccio à Sari-Solenzara à plusieurs voitures s’effectue sans encombre.

Le soir du 7 mars, Francois Carli et tous les autres sont logés dans un hôtel de cette commune dans l’attente de l’arrivée du sous-marin. Après moulte péripéties, François Carli toujours en protection des partants, veille avec les patriotes ajacciens au bord de la côte. Le Casabianca n’apparaît, que dans la nuit du 10 mars, dans l’anse de Canella, au sud de Solenzara, pour récupérer les agents accompagnés des cinq sous-mariniers qui n’avaient pu ré-embarquer dans leur submersible lors de missions précédentes. Pierre Griffi informe le Commandant L’Herminier qu’en définitive, il ne sera pas du voyage, sa mission radio se poursuit. Ils réceptionnent, en revanche, deux nouveaux agents dont l’arrivée n’avait pas été signalée ; Jean-Etienne Lefèvre et Joseph Luigi viennent renforcer la résistance. François Carli peut rentrer tranquille, tout s’est bien placé ; encore une opération réussie.

Fin de la phase S.R. (Renseignement) de Pearl Harbour. Début de la phase O.C. (Combat). Et toujours François Carli.

Avec l’arrivée du commandant Paulin Colonna d’Istria commence alors la phase O.C. (Organisation Combat) de Pearl Harbour. Plus précisément, Colonna d’Istria a pour mission de coordonner militairement la résistance en Corse en vue du débarquement des troupes militaires françaises. Il arrive le 6 avril à Travo, un peu au sud de Solenzara. François Carli, toujours présent, se charge, avec Roger Doudon et Milelli de Venaco, de sa protection jusqu’à sa destination à Corscia, un village du Niolo où le commandant va établir son quartier général. François Carli, lui, continuera sa résistance en qualité de capitaine FFI. Avec le groupe cantonal d’Azilone-Ampaza, il est à la réception des parachutages de la région puis participera aux combats de la libération de l’île. La Corse libérée, il reprendra comme avant le cours de sa vie discrète jusqu’à son décès le 19/03/1995 à Ajaccio à l’âge de 87 ans.

Décorations connues :

Médaille de la résistance décret du 29/01/1948. Carte de combattant volontaire de la résistance n° 100912 en date du 5 décembre 1958 délivré par la DD des Anciens Combattants de la Corse. Carte de combattant n°56127 en date du 5 juillet 1972 délivré par l’office départemental des AC et VC des Alpes-Maritimes. Chevalier de l’Ordre National du mérite.

Georges Preziosi

(Sources. Archives privées et notamment les ouvrages «1ère Mission en Corse occupée» de Toussaint Griffi et Laurent Préziosi. Ed. L’Harmattan. 1988. et « Tous bandits d’honneur ». Maurice Choury. Ed Piazzola. 2011.

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