Né le 25/11/1912 à Vlllafranca (Lunigania,Toscane, Italie), décédé le 31/07/1992 à Lucciana (Haute Corse)

Charles GALLETTI s’est engagé très activement dans les actions militaires et insurrectionnelles dès lors que les troupes fascistes italiennes ont occupées la Corse le 11 novembre 1942. Il a assumé notamment en mars 43 la responsabilité d’un des deux secteurs du réseau de résistance bastiais, puis le commandement du secteur du Nebbiu. Il a contribué à la réception des armes livrées par le Casabianca, assombri par l’accrochage sanglant avec les chemises noires au dépôt d’armes de Casta où Dominique Vincetti y trouva la mort. Il a ensuite combattu auprès des troupes militaires françaises pour libérer Bastia, et a fait partie des instances de libération dont le comité d’arrondissement, et le Comité de la ville de Bastia, ceci jusqu’à la libération totale de la Corse.
Jeunesse
Charles Galetti fait partie d’une lignée familiale « luccianinchi ». Son père, Ange, Marie, Galletti, né le 16/06/1869 à Lucciana, devient à 23 ans, Ingénieur «centralien». Fort de son diplôme d’une grande école (école Centrale des arts et manufactures de Paris), il occupe successivement plusieurs postes à responsabilité, dont, notamment, un poste de directeur de la Société des Tanneries en Italie à Villafranca (Turin). Son épouse, Antonia Sisco, l’y rejoint, et son fils, Charles Galletti, y naît en 1912. A 18 ans, Charles Galletti, (avec les autres prénoms, Gabriel, Pascal, Gaétan, Joseph), après son bac «Philo», poursuit ses études à l’Université de droit d’Aix où il côtoie une forte proportion d’étudiants corses. Il effectue ensuite son service militaire (classe 1932). Au décès de son père en 1938, il doit reprendre la grande exploitation des 140 ha de la propriété familiale à Lucciana, et devient agriculteur exploitant.
La mobilisation militaire en 39-40
Quand le 3 septembre 39, la France déclare, avec l’Angleterre, la guerre à l’Allemagne nazie, il est mobilisé dans le 173ème demi-brigade alpine, qui tient garnison à la caserne Marboeuf de Bastia avant de partir sur le Continent. Stationné en Alsace, autour de Saverne, en mai 1940, le régiment se bat énergiquement durant cette courte campagne qu’est la bataille de France de mai à juin 1940. Les Corses enregistrent 272 morts, 713 disparus, et 367 prisonniers. La vaillance au feu du 173e R.I.A est reconnue : Le général Delmas écrit en s’adressant aux jeunes soldats du 173e : « J’atteste solennellement la vaillance au feu des Corses qui furent engagés sur le front de l’Aisne, Ils ne furent nulle part enfoncés, ils ne se replièrent que sur ordre, étant déjà encerclés… jeunes soldats, vous êtes les héritiers de vieilles traditions militaires de la Corse». En captivité de guerre le 17/06/1940, Charles Galletti va probablement être transféré en Allemagne, mais il parvient néanmoins à s’évader le 01/10/1940. Il franchit la ligne de démarcation, rejoint Marseille puis la Corse. Revenu sur son île, Il y épouse Lucie Santini dont il aura 4 enfants : 2 pendant la période de résistance, Ange Marie et Antonia, et 2 après la libération de la Corse ; Joseph, et Claire.
L’engagement dans la résistance à Bastia
Lorsque les troupes mussoliniennes débarquent en Corse le 11 novembre 1942, il ne supporte pas cette occupation étrangère et fasciste. Par son amitié avec le professeur de lettres, Arthur Giovoni, il s’engage dans son réseau de résistance. Selon les archives de la Défense Nationale, Il est officiellement homologué dans la résistance en date du 15/12/42. Il assume ses premières responsabilités de commandement en mars 1943. Après les premières arrestations, en janvier 43, dans le réseau bastiais composé notamment des membres de l’équipe municipale de Hyacinthe de Montera, et de la mission Pearl Harbour, il participe, début mars 1943, à la structuration d’un réseau initiée par Simon Jean Vinciguerra et son adjoint, le professeur Dominique Salini. Ce réseau est sous l’égide du Front National qui va regrouper différents mouvements de résistance. Charles Galletti est choisi pour être le responsable du secteur de la basse ville («Terra Vecchia») où il était très connu ; le second, celui de la haute ville («Terra Nova»), étant assumé par Noël Fontana.
Au cours d’une des premières réunions clandestines, qui ont lieu successivement chez les différents responsables à Bastia, Jean Meria propose de prendre des noms de guerre. Charles Galletti choisit, pour sa part, «Vincentello». Dès lors, avec Noel Fontana, tous deux, structurent la ville par quartier, trouvent des volontaires de confiance pour créer, cloisonner des groupes de résistance, faire du renseignement, distribuer des tracts, et transférer les consignes, dans les boîtes aux lettres.
Les actions efficaces et décisives de réception, transport et répartition d’armes
Toutefois, l’arrivée du nouveau chef de mission du réseau Pearl Harbour, le Capitaine Paulin Colonna d’Istria, le 4 avril 1943, amène Charles Galletti à assumer des missions encore plus dangereuses à l’intérieur de la Corse pour y jouer un rôle important pour le transport des armes. Durant cette période, Il est remplacé à Bastia par M. Soulier, boucher de la place d’armes. En effet, Paulin Colonna d’Istria est coopté au Comité Départemental du Front National pour assurer la coordination militaire des réseaux de résistance en vue de préparer le débarquement des troupes militaires de Libération et d’organiser la réception préalable des armes pour les maquisards. Ainsi, «Vincentello » participe plus précisément à l’approvisionnement en armes de la résistance en Balagne.
En juillet 1943, les résistants locaux sont Informés par message radio d’Alger, du débarquement, le 31 à minuit, par le sous-marin Casabianca, d’un tonnage important d’armes et de matériel sur la plage de Saleccia, dans «le désert des Agriates». Charles Galletti fait partie de l’opération dont les responsabilités ont été rapidement fixées. Le très jeune, Ernest Bonacoscia, guide les résistants commandés par Dominique Vincetti jusqu’à cette plage où les attend déjà le colonel Paulin Colonna d’Istria pour prendre possession des armes. Dominique Vincetti et Henri Benedetti ont la responsabilité du transfert dans un lieu sûr (la dernière maison du village de Casta). Henri Benedetti ramène de Balagne 50 mulets aidé par les villageois de Casta, pour déjouer les patrouilles de l’armée italienne. Paulin Colonna D’Istria, et Pierre Simi surveillent la maison, en bordure de la route, où se trouve le dépôt destiné aux régions de Balagne, la Casinca et Bastia, Dominique Agostini assure le ravitaillement. Charles Galletti, pour sa part, s’occupe, dans la montagne, du dépôt de Calamicorno, réservé à son secteur de responsabilité, le Nebbiu.
L’accrochage sanglant à Casta avec les chemises noires
Au 20 août, il n’y a plus de matériel sur le rivage grâce à une intensification du transfert des armes depuis le 10 août jusqu’aux dépôts. Dominique Vincetti parvient à faire distribuer tout l’armement dans différents secteurs du Nord de la Corse, la Balagne, la Casinca, le Nebbiu. Le 22 août 1943 au soir, il ne reste à Casta plus qu’un camion pour Bastia que Vincetti doit conduire le lendemain. Renseigné de l’opération par un collaborateur, les Italiens seront hélas eux aussi au rendez-vous. Pierre Simi, informé de l’arrivée d’un détachement italien, ne peut malheureusement prévenir à temps Vincetti et Galletti. Le village de Casta est déjà encerclé par les chemises noires et les carabiniers venus d’Ile Rousse. Les 2 hommes, surpris dans la maison ouvrent le feu et jettent leurs grenades pour tenir en respect l’ennemi en trop grand nombre. A cours de munitions, Ils sortent sous un feu d’enfer. Vincetti s’écroule mort tandis que Galletti parvient à s’enfoncer dans le maquis sans être touché.
L’ engagement dans les instances de libération
L’ordre d’insurrection, lancé le 9 septembre, Charles Galetti participe aux combats de la libération. A partir du 21 septembre, il opère autour de Bastia. Il commande le sous-secteur d’opérations du Nebbiu, en liaison avec les forces du corps de débarquement afin de chasser les dernières troupes allemandes de Bastia. Pendant ce temps, les autres membres du Comité d’arrondissement de Bastia, s’emparent le 9 septembre 1943 de la Sous-Préfecture de Bastia, puis le 10 septembre de la mairie, et de l‘imprimerie «Bastia Journal» pour y diffuser désormais «Le Patriote». Revenu sur Bastia, le 11 septembre, Charles Galetti intègre la délégation de la ville1avec Dominique Salini, Simon Vinciguerra Jacques Faggianelli, Sébastien de Casalta, Jean Meria, Joseph-Louis de Montera, Dominique Poli, , Mle Emmanuelli, Albert Ferracci,, Jules Michelangeli, Louis Orenga, Sghirla, l’abbé Zattara, Charles Zuccarelli, (composée de 15 membres) qui se rend à Ajaccio pour être reconnue par le préfet Luizet comme Conseil municipal bastiais, et pour souligner que Bastia est la seule ville sinistrée du département). A la fin des combats de libération, le 4 octobre 1943, il reprend ses activités professionnelles -il est exploitant agricole- et sa vie familiale à Lucciana. Ses supérieurs militaires ont déclaré à son sujet qu’il : « … s’est acquitté de cette tâche avec courage et dévouement sans bornes ». A organisé la résistance dans la région Nord Est de la Corse et participé avec ses groupes à la Libération du territoire.
Charles Galletti s’éteint le 31 juillet à Lucciana.
Décorations et titres connus :
Capitaine homologué FFI,
Médaille militaire au titre de la résistance
La croix de guerre 1939-1940, , est attribuée au drapeau du 173e Régiment d’Infanterie Alpine, avec une citation à l’ordre de l’Armée.
Dossier GR P239687 aux archives du Château de Vincennes.
Georges Preziosi.
Biographie faite sur la base du témoignage de Joseph Galetti, fils de Charles Galletti, déposé aux archives «Défense au Château de Vincennes» ; des ouvrages «En ce temps-là Bastia» de Dominique Salini et «Tous bandits d’honneur » de Maurice Choury.
LIEN : A la réception du Casabianca – ANACR 2A