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BiographiesRessources documentaires FELICI Paul

4 juillet 2026

Né à Ajaccio le 5.10.1919. Décédé à Ajaccio le 13 janvier 1993.

Paul Felici

Paul Felici naît le 5 octobre 1919 à Ajaccio, dans une Corse qui vient de sortir meurtrie de la Grande guerre. En 1938, à l‘âge de 19 ans, il est affligé par les revendications territoriales de Mussolini sur l’île. Aussi, est-ce pleinement qu’il adhère moralement au « serment de Bastia »[1] prononcé le 4 décembre de la même année par une immense foule d’insulaires. L’année suivante, en septembre 1939, il assiste avec tristesse à la mobilisation générale, puis est atterré par l’humiliante défaite de la France intervenue en juin 1940.
Le 15 janvier 1942, employé municipal à Ajaccio depuis 1938 et animé d’un profond patriotisme, il choisit de s’engager dans la Résistance. Il rejoint alors les Forces Françaises de l’intérieur au sein du réseau « Combat » en Corse, dirigé notamment par Charles Guidicelli, Arthur Giovoni, Jérôme Santarelli et Martin Borgomano.
Après l’occupation de l’île par les Italiens en novembre 1942, Paul Felici rallie le mouvement du Front National de la résistance corse dès janvier 1943. Il agit alors sous l’autorité directe du capitaine Jérôme Santarelli, responsable militaire de la région d’Ajaccio. Lorsque celui-ci est arrêté par l’ennemi le 27 juin 1943, Felici poursuit son engagement sous les ordres du lieutenant Tirar de la Bouraldière (alias Mohamed). Entre janvier et septembre 1943, Paul Felici est associé à de nombreuses actions clandestines dans la région d’Ajaccio. Son activité est multiple et essentielle au fonctionnement de la résistance locale : il participe à la réception de parachutages, au transport et à la dissimulation d’armes, à la diffusion de tracts et de journaux clandestins destinés à soutenir le moral de la population et à contrer la propagande ennemie. Il met également sa maison et ses relations au service du réseau en hébergeant des résistants de passage et en contribuant au ravitaillement des maquisards engagés dans la lutte armée.

Au début de juin 1943, son rôle devient particulièrement important lors de la préparation d’une réunion stratégique de la direction du mouvement de résistance corse. Envoyé en mission à Ajaccio du 7 au 12 juin 1943, le chef militaire départemental Antoine François Vittori doit organiser une rencontre prévue le 15 juin. Paul Felici l’assiste activement dans cette tâche délicate. Il contribue à trouver un lieu sûr pour la réunion et à préparer l’hébergement des principaux responsables appelés à y participer, parmi lesquels les grandes figures de la résistance insulaire : Jean Nicoli, André Giusti, Dominique Poli, Arthur Giovoni et Dominique Vincetti. Mais la situation devient rapidement critique, la présence d’Antoine François Vittori à Ajaccio est repérée par l’ennemi. Contraint de quitter la ville précipitamment, il décide de déplacer la réunion à Bastia. Paul Felici reçoit alors une mission délicate : en liaison avec André Giusti, il doit rediriger vers Bastia les responsables arrivant à Ajaccio, afin d’assurer la tenue de la réunion dans la clandestinité la plus totale.

Attestations états services de Felici Paul
Attestations de M. Charles Guidicelli, chef du réseau Combat/Corse, de M. Roger Mathieu-Murat, liquidateur des groupes francs du réseau Combat, de M. Arthur Giovoni, lieutenant-colonel FFI et président du Front National/Corse, de M. Jérôme Santarelli capitaine FFI/Corse, de M. Antoine François Vittori lieutenant-colonel FFI/Corse chef militaire du Front National/Corse.

La fin du mois de juin 1943 plonge la résistance corse dans une période dramatique. Le 17 juin, plusieurs dizaines de résistants sont arrêtés, tandis que d’autres doivent quitter Ajaccio pour échapper aux rafles. Le 17 juin 1943, André Giusti et Jules Mondoloni sont tués dans la une salle de la « Brasserie Nouvelle », au n° 50 du cours Napoléon à Ajaccio. Peu après, le 27 juin, la situation s’aggrave encore : deux figures importantes du mouvement sont arrêtées, Jean Nicoli, membre du comité départemental de la Résistance, et Jérôme Santarelli, responsable militaire de la région d’Ajaccio.
Ces coups portés à l’organisation clandestine désorganisent les liaisons entre les réseaux. Dans ce contexte extrêmement dangereux, Paul Felici joue un rôle déterminant. Resté sur place malgré les risques, il sert d’intermédiaire pour rétablir les contacts rompus. Grâce à lui, Antoine François Vittori parvient à reprendre liaison avec le résistant Robert Giocanti et, par son intermédiaire, à retrouver l’opérateur radio qui avait dû quitter Ajaccio pour échapper aux arrestations.
Cette action permet de rétablir la communication avec Alger, où se trouve alors le centre de commandement du Comité français de libération nationale du général de Gaulle. Le 30 juin 1943, le contact est rétabli. Dès le 1er juillet, les résistants connaissent le point d’accostage du sous-marin Casabianca, célèbre pour ses missions de liaison et de ravitaillement avec la résistance corse. Lors de cette mission cruciale, Antoine François Vittori est accompagné de l’officier de liaison Pierre Novella. Dans ces circonstances particulièrement dangereuses, l’aide apportée par Paul Felici se révèle décisive. Son courage, sa discrétion et son efficacité permettent de maintenir la continuité de l’action résistante dans une période où les arrestations et les pertes auraient pu anéantir le réseau.

 

Plus de quatre-vingts ans après les faits, il importe de souligner qu’entre janvier et septembre 1943, Paul Felici s’affirme comme un acteur majeur de la Résistance dans la région d’Ajaccio. Par ses activités de logistique, de liaison et d’organisation, il participe directement au maintien et à l’efficacité du réseau clandestin en Corse, contribuant ainsi à l’effort collectif qui aboutit à la libération de l’île le 4 octobre 1943. C’est ainsi que s’achève le parcours de Paul Felici au sein de « l’armée des ombres ». Ses états de service, validés officiellement par M. Arthur Giovoni, président du mouvement de résistance Front National/Corse, Compagnon de la Libration, et par le lieutenant-colonel des FFI Antoine François Vittori, ancien chef militaire du mouvement de résistance Front National/Corse, lui permettront d’obtenir l’élogieuse Médaille de la Résistance française. Cette dernière a été instituée par ordonnance du 9 février 1943 du général de Gaulle, pour “reconnaître les actes remarquables de foi et de courage qui auront contribué à la résistance du peuple français”. De ce fait, c’est tout naturellement que lui est également attribuée la Carte du combattant volontaire de la Résistance.

Croix du combattant 39-45
Croix du combattant et Carte du combattant 1939-45, attribuées à Paul Felici

Cependant, même si l’occupant a été chassé de la Corse, la guerre se poursuit. A Alger, devenue la capitale provisoire de la France, le général de Gaulle, président du Comité français de libération nationale décide de mobiliser, dans l’île, douze classes d’âge pour la fin de l’année 1943. C’est ainsi que Paul Felici, classé « bon pour le service armé », est appelé à l’activité le 15 décembre 1943 à Ajaccio. Comme douze mille autres insulaires, il est dirigé vers l’Afrique du Nord pour parfaire son instruction militaire en vue de la libération de la France. Arrivé à Alger, il est affecté dans une unité du Matériel où il suit la formation commune de base du soldat. Le 5 décembre 1944 il est muté dans une autre formation du Matériel à Meknès au Maroc où il sert jusqu’au 30 janvier 1945. Nommé maréchal des logis, il est alors envoyé en France à Tours (Indre et Loire) le 10 mars 1945, puis est affecté à Paris du 10 août au 25 octobre 1945, date à laquelle il est rayé des contrôles de l’armée active et déclare se retirer à Ajaccio en Corse. Plus tard, sa participation à la guerre 1939-1945 sera sanctionnée par l’attribution de la Carte du Combattant et de la croix du combattant qui lui est associée.

Après avoir accompli les missions qui lui avaient été confiées dans la Résistance locale, il retourna à une vie discrète, sans chercher ni reconnaissance ni honneur, convaincu de n’avoir fait que son devoir de patriote. Pendant longtemps, il ne se préoccupa d’aucune distinction ni d’aucune validation officielle. Ce n’est que bien plus tard, presque à regret, qu’il accepta de solliciter les témoignages de ses anciens chefs de réseau afin de faire reconnaître officiellement son engagement comme combattant de la Résistance insulaire. Ainsi s’achève le parcours de Paul Felici, d’abord courageux « combattant de l’ombre » en 1942-1943, puis engagé à visage découvert au sein des forces françaises combattantes en 1944-1945, pour contribuer à la libération du territoire national.

Décorations
Médaille de la Résistance, croix du combattant volontaire, croix du combattant, Médaille d’honneur communale échelon or.

De retour à Ajaccio en 1945, il réintègre la fonction publique municipale et y exerce, au fil des années, diverses responsabilités administratives. C’est au service de l’état civil qu’il s’épanouit pleinement, jusqu’à en assurer la direction pendant de très longues années. Apprécié des maires qui se succèdent et estimé de ses concitoyens, il se distingue par une constance exemplaire et une disponibilité de chaque instant, offrant ainsi à la commune, qui lui doit énormément, un engagement précieux dont elle conserve une profonde reconnaissance. Il se voit d’ailleurs attribuer la médaille d’honneur, régionale, départementale et communale, destinée à récompenser celles et ceux ayant manifesté une réelle compétence professionnelle et un dévouement constant au service de la commune pendant plus de 35 années.
Parallèlement, il poursuit son engagement en militant activement au sein des associations patriotiques de la Résistance et du monde combattant ajaccien, et ce jusqu’à son décès le 13 janvier 1993. Par sa fidélité et son dévouement, il témoigne que le devoir de mémoire et de service se prolonge bien au-delà des combats. Son courage et son attachement au service des autres, demeurent un exemple pour les générations à venir.

LCL (h) Raoul Pioli, président de la Fédération régionale des anciens combattants
de 1939-45, d’Indochine, d’Algérie et des Opex de la Corse.

[1]  « Face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir français. » 

 

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