Né le 3 janvier 1914 à Bastia, décédé le 05/03/1969
Il s’est illustré par ses actions dans le réseau bastiais de résistance, structuré dès mars 1943, et aussi par son sens des responsabilités du second secteur « Terra Vecchia » qu’il assuma de la constitution de ce réseau jusqu’à la libération, de sa ville, Bastia, et définitive de la Corse, le 4 octobre 1943 avec la contribution et le soutien inconditionnel de ses 2 plus jeunes frères.
Jeunesse

Fils d’un restaurateur et d’une mère couturière/tailleuse, il est né à Bastia au 11 rue St Joseph dans la haute ville («Terra Vecchia »). Il est l’aîné de 3 frères dont Albert, le cadet, et Edouard, le benjamin. Il effectue sa scolarité jusqu’à l’obtention de son CEP. A 18 ans, il est exempté de service militaire et trouve un emploi de conducteur à la Compagnie des autobus de Bastia. En 1936, il adhère au parti communiste. En 1937, il se marie avec Julie Angeline. A la veille de la guerre, en 1939, Il est secrétaire de la cellule « Docteur Morucci » à Bastia. Il est aussi secrétaire général des limonadiers de Bastia, et son épouse devient revendeuse au marché de Bastia.
Engagement dans la résistance
Comme les autres militants politiques opposés à l’occupation fasciste italienne de la Corse, le 11 novembre 1942, il s’engage résolument, comme ses deux frères, dans la résistance. En mars 1943, après qu’un premier réseau bastiais créé avec la mission « Pearl Harbour » fut en partie démantelé en janvier – plusieurs arrestations et déportations à l’Ile d’Elbe – Noel Fontana contribue à la structuration d’un réseau bastiais qui allait regrouper tous les résistants de la ville sous l’égide du Front National. (Ce projet avait déjà été anticipé par Arthur Giovoni lors de sa rencontre fin 1942 à Ajaccio avec son ami Dominique Salini, enseignant comme lui au lycée de Bastia avant sa mutation à Rouergue en 41).
Ainsi, sur proposition du chef de réseau, Simon Jean Vinciguerra, autre enseignant, il devient comme Charles Galetti, un des deux adjoints du sous-chef de réseau, Dominique Salini. Il est chargé du secteur de la haute ville (« Terra Nova ») qu’il connaît parfaitement et un autre résistant Charles Galetti est chargé de l’organisation sur la basse ville (« Terra Vecchia »). Il leur faut structurer la ville, créer des groupes locaux de résistance, faire du renseignement, trouver des volontaires pour distribuer des tracts. Noel Fontana propose Jean Meria, employé des PTT, à Dominique Salini qui le connaissait déjà par le Secours Populaire. Au cours d’une réunion clandestine, Meria propose de prendre des noms de guerre comme « Caius » choisi par Vinciguerra, « Brosse » par Salini ou « Jean-Pierre » par Fontana.
Développement du réseau
Dès lors, Il assume la première distribution de tracts dans son secteur. Les textes sont préalablement rédigés en français par Simon Jean Vinciguerra qui les traduit aussi en italien à destination des soldats italiens pour saper leur moral et les dissuader de combattre au côté de l’Allemagne. Joseph Gambotti les imprime chez lui, et Dominique Salini se charge de les récupérer dans un sac d’enfant pour donner respectivement un paquet à chaque chef de groupe. A noter que le Front National met à contribution l’appareil d’impression du Parti communiste dont 3 noyaux d’impression fonctionnent à Bastia sous la direction de Noël. Selon Dominique Salini dont il deviendra très vite le meilleur ami, Il se révèle d’une présence constante et d’un absolu dévouement durant toute sa période de résistance. (1) Il décrit ce jeune, homme mince et blond, comme réservé, voire effacé, mais efficace.
Le groupe s’est rapidement élargi à tous les milieux professionnels et tous les quartiers de Bastia. Roger Soulairol consolide le réseau des enseignants avec Pierre Simi, tous deux professeurs d’histoire. Une organisation est structurée au niveau de différents métiers : chez les cafetiers, Joseph Gambotti dit Corso (ancien gendarme), Pancho Negroni (Place St Nicolas), Joseph Franceschi (Place du marché) ; chez les bouchers, M.Soulié (Place d’armes) ; dans la gendarmerie, l’adjudant Augereau ; aux PTT, Jean Meria ; dans la magistrature, le greffier du Tribunal, Ange Léonetti, à la gare. Chaque groupe était cloisonné pour éviter qu’n cas d’arrestation et sous la torture, ne soient livrés les noms des résistants des autres groupes. D’ailleurs, Dominique Salini ignorera pendant un temps que Dominique Poli sous-économe au lycée de Bastia intervient régulièrement, pour faciliter les transferts de résistants et d’armes par le sous-marin « Casabianca », grâce à sa propriété à l’embouchure du Travo. Ce dernier est en contact régulier avec Jean Nicoli et Dominique Lucchini dit Ribellu.
Les réunions ont souvent lieu chez Jacques Faggianelli, professeur et aussi ex-maire-adjoint, ou chez Jean Meria, Ange Leonetti, Simon Jean Vinciguerra. Au début le premier Comité de ville est composé de Salini, Galletti, Fontana, Soulairol et Cesari. Entre mars et août 43, les arrestations sont nombreuses. Noël Fontana est obligé, un temps, de se réfugier dans la région de la Casinca et retrouve Raoul Begnini. Il rend aussi visite à ses frères au village de Casabianca en Castagniccia.
Le 11 août 43, après une délibération du Comité Départemental du Front National, Noël Fontana, avec Simon Jean Vinciguerra et Joseph Gambotti, participe à l’équipe de protection d’Arthur Giovoni. Cette protection a été sollicitée par le colonel des Chemises Noires, Gianni Cagnoni, désirant négocier avec les patriotes corses dans l’arrière-boutique du débit de tabac de Joseph Gambotti, boulevard Auguste Gaudin. Ce colonel qui aurait adhéré au fascisme par contrainte dit-il accepte de mettre tous les moyens en son pouvoir pour les aider.
Contribution à la libération de Bastia
Le soir du 8 septembre 1943, on apprend par la radio que Mussolini vient d’être arrêté. Le lendemain, Noël Fontana a rendez-vous chez Mlle Emmanuelli avec plusieurs résistants dont Dominique Salini pour organiser leurs actions. Le 10 septembre, sur demande par appel téléphonique de la sous-préfecture occupée par Simon Jean Vinciguerra, Dominique Poli et Léo Michel, ils prennent la mairie pour déclarer à la population : « Bastia n’obéit plus à Vichy mais rejoint la France combattante ». Ensuite, il investit l’imprimerie Bastia-Journal, toujours avec Dominique Salini, et deux FFI de Venzolasca, et aussi le comité clandestin de la ville. Le journal change de nom, pour s’appeler « Le Patriote » et le nouveau numéro parait le 10/09. Il en devient un des administrateurs.
Mais la libération est de courte durée. Le 12 septembre, en effet, les troupes allemandes entrent dans Bastia et se livrent à des destructions massives. Elles sont appuyées par l’aviation qui bombarde la ville les 13, 21, 22 septembre, et les 2 au 4 octobre.
Après la libération
Le 8 novembre 1943, Fontana est chargé auprès de Dominique Salini de la propagande du Comité d’arrondissement (soumis à l’approbation du FN à Ajaccio), notamment du fait de sa responsabilité dans la presse clandestine, et dans l’organisation de la Basse-ville. En mars 1944, dans le cadre des réunions du Front National au quartier St Joseph, l’un des plus populaires de la ville et qui a vécu les heures les plus tragiques, il intervient sur l’organisation du ravitaillement, de l’épuration, et du marché noir, relatés aussi dans les colonnes du journal « Le Patriote » du jeudi 02/03/44. En avril 1945, à la veille de la fin de la guerre mondiale, il participe à la tournée de propagande du Front National en vue des élections municipales, notamment comme orateur sur les communes d’Oletta, de Luri, Rogliano, Nonza, Murato, Santo Pietro, La Porta, Croce. Il dispose de la voiture du Front National pour emmener dans la tournée les autres responsables. Après son frère Albert, élu au conseil municipal de Bastia et parti à Ajaccio, il est élu conseiller municipal de Bastia en 1957. Il décède, 12 ans plus tard, dans sa ville le mercredi 5 mars 1969.
Distinctions et décorations connues : Médaille de la Résistance par décret du 31/03/1947 (J.O. du 29/01/48) ; Homologué FFI du 15/11/42 au 05/10/43 (Dossier GR 16P227903 aux archives de Vincennes)
Sources : «
En ce temps-là, Bastia », ouvrage de Dominique et Etienette Salini, article de Pierre Romani sur le frère Edouard Fontana, Tous bandits d’honneur, et le Dictionnaire du Mouvement Ouvrier.