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EvénementsPages d'histoire Winston CHURCHILL : une nuit à Ajaccio le 14 août 1944 (et plus encore)

4 avril 2026

Cette “Page d’histoire” a été écrite par Jean-noël Aïqui. Elle a paru dans  “Combattants Corses”, n° 242, le Bulletin trimestriel de la Fédération régionale des A.C. 1939-1945, T.O.E., A.F.N., O.P.E.X. et Victimes de guerre de la Corse ; la Section Régionale  de l’Union Fédérale des A.C. et Victimes de guerre. Nous la publions avec l’aimable autorisation de son directeur, Raoul Pioli, et celle de l’auteur, Jean-Noël Aïqui (Partie 1). Ce texte est est suivi (partie 2) par ce que Churchill, dans ses “Mémoires”, relate de son court court séjour à Ajaccio.( “La Deuxième Guerre mondiale”. Ed. Rencontre et le Cercle du Bibliophile. Tome 11. P. 98). Il avait essayé en vain de convaincre les Américains de renoncer à ce débarquement sur les côtes de Provence. Paul-Marie de La Gorce, en 3ème partie, nous décrit le dépit du Premier ministre. Paul-Marie de La Gorce. “39-45, une guerre méconnue” Éditions France-Loisirs. PP 489,490.

Peu après minuit, dans la nuit du 14 au 15 août, les premiers commandos débarquent sur les côtes de Provence. Presque concomitamment, 5.000 hommes sont parachutés. La phase préparatoire du débarquement des alliés a commencé, suivie au petit matin du gros des troupes amenées par air et par mer -certaines venues de Corse. Sir Winston Ce 14 août Churchill est a Ajaccio pour quelques heures seulement avant de rejoindre le théâtre des opérations.

Partie 1 : “Winston Churchill : une nuit à Ajaccio, le 14 août 1944” par Jean-Noël Aïqui

« – Le samedi 12 août 1944, deux convois totalisant une centaine de navires, arrivant du sud, mettent le cap sur Ajaccio. La Corse est libérée depuis déjà dix mois. D’immenses stocks de munitions sont entreposés sur l’île, notamment dans les golfes d’Ajaccio et du Valinco. À terre, les troupes françaises s’entraînent intensivement – bataillon de choc, tirailleurs, spahis, groupe naval d’assaut, commandos d’Afrique – avec pour objectif le débarquement en Provence.

Des centaines de navires sont regroupés dans les golfes du Valinco et d’Ajaccio. Depuis les plages de Porticcio et de « Mare e Sole », des pontons en bois ont été aménagés afin de faciliter l’embarquement du matériel à bord des bâtiments. L’ensemble de la partie sud du golfe d’Ajaccio est alors placé sous contrôle militaire.

15 août 1944. Sir Winston Churchill à bord du “Kimberley, en vue des côtes de Provence.

Le 14 août, les diverses flottes parties de Propriano sont rejointes, devant Ajaccio, par d’autres navires venant d’Alger. Dans la soirée, un Dakota C-47 en provenance de Naples, piloté par un aviateur britannique de la RAF, se pose non sans difficulté sur le terrain d’Ajaccio Campo dell’Oro. Sir Winston CHURCHILL descend de l’échelle et est attendu par une voiture militaire qui bat fanion du Commandant en chef Naval en Méditerranée.  Le général anglais  Henry Maitland WILSON – qui supervise l’opération Anvil-Dragoon de débarquement sur les côtes du Sud de la France – et l’amiral anglais  John CUNNINGHAM – commandant en chef, de la flotte méditerranéenne depuis décembre 1943 – l’accueillent. Durant le trajet qui les conduit vers la ville, le général WILSON explique à Winston CHURCHILL comment, depuis le début de l’année, d’immenses travaux avaient transformé l’île en base avancée pour l’aviation stratégique ainsi qu’en centre de ravitaillement des navires de combat en vue des opérations du lendemain. Toutes les réserves d’obus de la flotte d’assaut se trouvent en Corse. En particulier, deux bâtiments français, le « Quercy » et le « Basfleur », ancrés au large d’Ajaccio et de Propriano, transféreraient sans délai leurs réserves de munitions, de tous calibres – du 75 au 340 – aux navires venant s’amarrer à leurs côtés

Le départ de la flotte étant programmé tard dans la nuit, Winston CHURCHILLl, désireux de se reposer, fut conduit à la villa PIETRI, située près de la grotte Napoléon. Après quelques heures de sommeil, il gagna le port afin d’embarquer sur le torpilleur britannique « Kimberley » pour assister au débarquement de l’opération Dragoon. La flottille appareilla ensuite d’Ajaccio pour rejoindre le reste du convoi. Chaque navire était muni d’un ballon captif destiné à sa protection antiaérienne.

Le 15 août, en raison de la menace des mines dérivantes, le « Kimberley » se maintint à distance des côtes provençales, si bien que Winston CHURCHILLl suivit le débarquement depuis le large.

– Sur ordre de l’amiral CUNNINGHAM, le capitaine de vaisseau anglais G. R. G. ALLEN demeura constamment auprès de Winston CHURCHILL. En fin de journée, le « Kimberley » fit route vers Ajaccio, et le lendemain, le Premier ministre du Royaume-Uni regagna Naples à bord de son Dakota. »

Jean Noël AÏQUI

Partie 2. Ce qu’en relate Churchill dans ses “Mémoires”

“Dans l’après-midi du 14 août, le Dakota du général Wilson m’emmena en Corse pour suivre le débarquement d’ “Anvil” que j’avais tant essayé d’empêcher [1], mais auquel je souhaitais tout le succès possible. Le vol jusqu’à Ajaccio fut très agréable ; c’est dans ce port que le général Wilson et le général Cunningham s’étaient installés à bord d’un navire de commandement britannique. L’aérodrome était fort petit et d’accès difficile, mais le pilote était excellent ; il lui fallu descendre entre deux escarpements, son aile gauche à peine à 4 m. 50 de l’un d’eux. Le général et l’amiral me conduisirent  à leur bord et nous consacrâmes une longue soirée à nos affaires. Je devais partir à l’aube sur le destroyer britannique Kimberley en emmenant deux membres de l’administration américaine : le général Somervelland et M. Patterson, secrétaire-adjoint à la Guerre, également venus  sur place assister au développement de leur entreprise. L’amiral détacha le capitaine de vaisseau Allen, qui m’a aidé dans cet ouvrage, pour veiller à ce qu’il ne nous arrivât rien. Il nous fallu cinq heures pour rallier la ligne des cuirassés qui bombardaient la côte à 15 000 mètres environ.”

Sir Winston Churchill

Partie 3. Anvil dont le “Vieux Lion” ne voulait pas. 

[1] Pour ou contre “Anvil” ? Churchill, par la voix du général Alexander, avait fait part aux Américains de la préférence des Britanniques pour une percée alliée par la trouée de Lubiana, en enfonçant au préalable la  “ligne Gothique” établie par Kesserling à l’endroit le plus resserré de la péninsule  italienne. Et ainsi, selon les Britanniques, serait ouverte la voie vers l’Autriche. Les Américains ont une autre stratégie. Selon eux, chasser les Allemands de la ligne de défense sur laquelle ils étaient arcboutés était une entreprise hasardeuse qui serait trop longue, trop coûteuse en hommes et en moyens militaires. En définitive, Churchill dut se plier au choix des USA. Mais le premier ministre britannique persista et tenta une dernière fois de dissuader les USA de débarquer en Provence. Ses arguments, une fois encore, n’eurent pas plus de force. « Le 1er août, il essaya de convaincre Eisenhower puis, par câble, Roosevelt lui-même, qu’il fallait débarquer en Bretagne plutôt qu’en Provence. Mais à cette date, les Allemands tenaient encore Brest, Lorient, Saint-Nazaire et même Bordeaux, et nul ne savait comment on allait les en chasser. On était loin déjà des spéculations sur la “trouée de Lubjana”. Churchill, en tout cas, ne se résigna qu’à contre-coeur à laisser faire Anvil, donnant aux chefs militaires américains l’impression qu’il y mettait d’avantage d’amour-propre et même de caprice que de raisonnement stratégiques, comme en témoigne le ton apitoyé employé par l’adjoint naval d’Eisenhower, Butcher, qui racontant l’un des débats sur Anvil, décrit Churchill avec “des larmes qui roulaient sur ses joues lorsqu’il expliquait que les Américains usaient d’une attitude brutale en refusant ses propositions stratégiques”. » Paul-Marie de La Gorce. “39-45, une guerre méconnue” Éditions France-Loisirs. P. 490.

Lienshttps://resistance-corse.asso.fr/2019/12/02/la-position-de-la-corse-dans-la-strategie-alliee/

 

 

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