Le général Magli, qui commandait la VIIème armée italienne en Corse, avait accepté de mauvais gré les conditions de l’armistice signé par son pays. Il répugnait à affronter l’allié allemand de la veille avec qui il entretenait de bons rapports. Au lieu de se ranger du côté des Anglo-Américains comme le prévoyait l’armistice, il choisit de rester neutre autant qu’il put ; un spettatore armato – ce sont ses mots. « Spectateur armé », retiré sur l’Aventin, telle sera sa stratégie à l’annonce de l’armistice1Les Français non signataires de cet armistice voulaient un acte de capitulation annoncée le 8 septembre au soir ; en fait, une neutralité qui enfreint les conditions d’armistice, une neutralité improbable, plutôt bienveillante pour ses alliés de la veille et qui a jeté le désarroi parmi ses troupes. Elles ne savaient plus à quel saint se vouer tant les ordres étaient contradictoires2Voir le témoignage de Giovvani Milanetti. Il s’en suivra une situation confuse, un comportement erratique de l’armée sur le terrain, à l’origine de controverses plus tard quant à sa part prise pour la libération de l’île – Magli lui-même se donnant le beau rôle. Or sur le théâtre des opérations cette duplicité coupable du commandement italien permettra aux troupes de Von Senger und Etterlin3Voir le témoignage de Von Senger und Etterlin de remonter la plaine orientale de la Corse pour un repli sans trop de dommages – n’étaient-ce le harcèlement de la résistance corse et de l’armée venue d’Afrique. Celui décisif aussi, par endroits, de quelques unités italiennes. Ça doit être souligné car ils ont payé le plus lourd tribut humain à la libération de l’île : 245 selon le général Gambiez4Libération de la Corse. Général Gambiez. Librairie Hachette. 1973. Magli en dénombre près de 750. Peut-être avec les combats en mer. C’est plus que les résistants et l’armée venue d’Afrique réunis, moins de 200. Mais s’il n’avait tenu qu’à Magli …
En bon national-socialiste qu’il était, en contrevenant aux conditions d’armistice, et en dépit des ordres insistants qu’il recevait de ses supérieurs, Magli a fait de son mieux, durant les combats de la libération de la Corse5Durant les premières heures qui suivent l’annonce de la capitulation, les Italiens ont affrontés les Allemands qui voulaient se rendre maîtres du port de Bastia. Voir La libération de Bastia pour ne pas trop contrarier l’évacuation de ses anciens alliés vers l’Italie. Une bienveillance coupable qui tranche avec le zèle exercé contre la Résistance. Dans les jours qui ont précédé l’armistice, il s’est montré intraitable avec elle. En bon national-socialiste, depuis qu’il était arrivé en Corse, il n’avait pas ménagé la Résistance et il tenait dans les jours qui ont précédé la capitulation italienne à « finir le travail ». Pourtant, il n’ignorait pas que des négociations pour un armistice avec les Alliés étaient en cours depuis la chute de Mussolini, le 25 juillet 1943. Il savait que leurs conclusions, armistice ou capitulation, étaient imminentes. Au lieu de « lever le pied » comme son collègue qui commande le sud-est continental français, en Corse, son tribunal militaire se hâte pour juger les résistants emprisonnés.
La situation est en effet contrastée dans le sud-est de la France continentale6Jean-Louis Panicacci. L’Occupation italienne. Sud-est de la France, juin 1940-septembre 1945. Presses universitaires de Rennes. 2010. Depuis la destitution de Mussolini, le tribunal militaire italien fait preuve de mansuétude dans ses jugements à l’encontre des résistants. Et pour ceux qui sont condamnés à mort, le général Vercellino, commandant la IVème armée, requiert systématiquement, auprès du Roi d’Italie, un recours en grâce pour toutes les condamnations à mort. Toutes sont acceptées, il n’y a plus d’exécutions. Mais en Corse, le général Magli s’obstine. Le tribunal militaire de Bastia continue de siéger, sans désemparer : la dernière séance a lieu le 28 août 1943. Vingt-cinq hommes sont jugés ce jour-là. Certains sont prisonniers depuis le mois de juin sans jamais avoir été jugés. Pourquoi cette subite accélération ? Sept personnes sont innocentées, fautes de preuves ; quinze sont condamnées à des peines de prison, trois autres sont condamnées à mort : Bozzi Michel, Luigi Joseph et Jean Nicoli qui avaient été arrêtés en juin. Et aussitôt condamnés, aussitôt exécutés. Magli ne demande pas de recours en grâce et se hâte de les faire exécuter. Ils sont fusillés le 30 août.