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Archives : éditoriaux LES DIXIÈMES RENCONTRES CINÉMA HISTOIRE. NOUS INSTRUIRE ET PRÉVENIR

19 mars 2011
Dans son livre « Le chagrin et la pitié » (1), l’historien » Pierre Laborie constatait : « Les Français sont connus pour leur passion de l’histoire. Leur propre histoire de préférence […]. Ils entretiennent avec leur passé « une relation complexe, parfois étrange, passionnante à explorer. Dans ce regard narcissique (et inquiet), la place tenue par les années du second conflit mondial a été et reste exceptionnelle. Anormalement diront certains, au point d’avoir rendu à certains moments, la France malade de son passé ».

Malade du passé de la Collaboration, fière de sa Résistance. C’est à cette exploration du passé que nous voulons nous livrer avec des films et des invités de marque : réalisateurs, acteurs et historiens pour refuser les simplismes manichéens, tenter de comprendre et déjouer les pièges d’une instrumentalisation de l’histoire convoquée aujourd’hui pour répondre aux troubles identitaires de la France.

1) Accommodements, compromissions, collaboration

Le documentaire “Chantons sous l’Occupation” nous offre les multiples visages de ces rapports peu glorieux entretenus par nombre de chanteurs et chanteuses avec l’occupant. Mais aussi, en contrepoint, le comportement digne de tant d’autres.
Nous abordons avec le film de Pascale Thirode “Acqua in bocca”, le parcours courageux d’une jeune femme qui veut lever le voile sur un secret de famille bien gardé, douloureux : le souvenir de ce grand-père qu’elle n’a pas connu et qui se serait accommodé, pour le moins de la présence de l’occupant. Compromis avec lui ?
Au refoulement Pascale Thirode a préféré aborder frontalement le sujet et par le dépassement se délivrer du passé afin de « rendre le présent à ses tâches » dirait le philosophe Jacques Muglioni. L’historienne Hélène Chaubin, notre invitée, qu’on ne présente plus, élargira le périmètre familial de Pascale Thirode pour nous faire accéder à celui de la Corse, en traitant de la collaboration dans l’île et de la Résistance aussi qui en fut la figure inversée ; une Résistance insulaire dont Dominique Lanzalavi montre avec son film « Le laboratoire corse » les enjeux politiques qui s’y nouèrent – à vrai dire s’y dénouèrent – et qui pèseront pour la suite de la libération du pays : le général Giraud écarté définitivement du pouvoir ; un enjeu aussi dans la compétition pour le pouvoir après-guerre entre communistes et gaullistes – on prête à Malraux ce constat lapidaire : il y a les communistes, nous et rien (2)

2) Comment et pourquoi cela peut encore arriver ?

« Si complète que puisse être un jour la victoire des armées, avait prévenu le Général De Gaulle, (…), rien n’empêchera la menace de renaître plus redoutable que jamais … ». C’est parce que ses élèves croient tournée définitivement la page du fascisme et qu’il faut passer à autre chose qu’un professeur veut faire la démonstration de cette pensée erronée. Il le fait en faisant appel à leur instinct grégaire, et ça marche ! Le film “La vague” traite de la manipulation d’un groupe par une autorité charismatique – pour le cas le professeur – auquel les élèves s’abandonnent ; la difficulté de résister à l’esprit d’attroupement dont ont usé et usent encore les dictateurs pour annihiler tout esprit critique. “Une journée particulière”, d’Ettore Scola, traite des effets du pouvoir charismatique du chef quand il s’exerce à l’échelle d’un pays et subjugue des masses considérables, tels Hitler ou Mussolini. On prend la mesure, avec le personnage joué par Mastroiani, la solitude et le courage de celui, ou celle, qui résiste à « la vague fasciste ». Pour commenter ce film nous avons fait appel à Jean-Louis Panicacci, professeur d’histoire à la faculté de Nice, auteur d’un livre paru en 2010 sur “L’occupation italienne dans le Sud-est de la France”. (3)

3) «Ce perpétuel côtoiement de l’ignoble et de l’admirable, du plus atroce et du plus noble»

« Il y a quelque chose d’énigmatique et de terrifiant dans la volonté de déshumaniser l’humain » disait André Malraux faisant référence aux crimes nazis. Et quand le crime est celui d’un enfant, Anne Franck en l’occurrence, on ne finit pas de méditer sur la capacité de « l’homme à donner des leçons à l’enfer ». Mais il y a aussi l’admirable et le plus noble, ces hommes et femmes qui obéissant à leur conscience (Une invention juive selon Hitler) ont sauvé, non sans risque pour eux parfois, les victimes des persécutions. L’acteur et réalisateur Christophe Malavoy, notre invité, n’a eu qu’à puiser dans une chronique familiale pour raconter le sauvetage d’une famille juive afin qu’elle puisse passer en « Zone libre ». C’est un tableau contrasté de cette période 1939-1945 que retiendra le public des Rencontres-Cinéma-Histoire. Explorer les ombres et lumières de cette période -çà c’est pour l’histoire – mais en définitive, c’est la mémoire gratifiante du meilleur, celle que nous entretenons pour ne pas assister à une désespérante répétition du passé.

Notes.

  • (1) « Le chagrin et le venin ». Ed. Bayard 2011. P.9
  • (2) Discours prononcé par André Malraux aux assises de Lille, le 12 février 1949. Sténotypie de 8 pages. / De larges extraits ont paru sous le titre « Il faut que le langage de la France soit tenu », Le Rassemblement [Paris], n° 96, 19 février 1949, p. 4. André Malraux.
  • (3) Auteur d’un livre paru en 2010 sur “L’occupation italienne dans le Sud-est de la France”. Ed. Presses Universitaires de Rennes. 2010.

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