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Archives : éditoriaux AUSCHWITZ EN HERITAGE

24 décembre 2008
« Génocides du XXème siècle, Shoah et mémoire des déportations de la Seconde Guerre mondiale », thème du séminaire organisé par le Rectorat de Corse et le Mémorial de la Shoah, avec le soutien de l’ A.N.A.C.R., les 17 et 18 décembre à  Ajaccio

« La Shoah a été doctrinalement fondée, philosophiquement expliquée, méthodiquement préparée, systématiquement perpétrée par les doctrinaires les plus pédants qui aient jamais existé. Elle répond à une intention exterminatrice délibérément et longuement mûrie ; elle est l’application d’une théorie dogmatique qui existe encore et qui s’appelle l’antisémitisme. » (Vladimir Jankelevitch)

On n’a pas fait le tour de la question

Sans pour autant en faire la centralité du second conflit mondial, la Shoah en est une partie constitutive majeure, enfin connue et reconnue : l’actualité est bien fournie en publications érudites de recherches, de témoignages, de colloques, de documentaires… consacrés à ce sujet. Nombre d’artistes, romanciers et cinéastes y trouvent leur inspiration pour des œuvres de fiction ; la visite de lieux de mémoire, le Concours National de la Résistance et de la Déportation sont proposés aux scolaires ; et les cérémonies commémoratives font partie du calendrier républicain. Pourrait-on en conclure alors qu’on a fait le tour de la question ? « Non, on n’en a pas fait le tour » a affirmé le Recteur de Corse, Monsieur Michel BARAT, lors de l’introduction au Séminaire de conférences des 17 et 18 décembre dernier à Ajaccio.

La Shoah comme parangon du racisme

Non, on n’en a pas tiré toutes les leçons. Massacres et génocides nourrissent encore notre actualité pour justifier le nécessaire travail sur le sujet. Parce que la Shoah, si elle ne fut ni le premier ni le dernier génocide, donne à comprendre les fondements philosophiques et idéologiques qui président à tous les génocides et massacres de masse. La Shoah, cette face hideuse de l’humanité, serait le parangon de toutes. Seules des explications argumentées sur les ressorts de sa genèse, et non la seule compassion, nous instruisent afin que soit pas répété et banalisé le crime de masse. Elle est un génocide parmi d’autres mais un génocide singulier.

Un génocide singulier

La Shoah fut théorisée : « Nous sommes le parti de la biologie appliquée » disait Himmler. Le juif est un parasite à éliminer. Dissimulé au sein de la population, il est corrupteur. « Peut-être que la persécution actuelle est venue parce qu’ils commençaient à trop s’identifier avec les peuples au milieu desquels ils vivaient …. » peut-on lire dans le « Bulletin Diocésain » de l’ Église de Corse du 24 août 1941 (1). Le juif est perfide. C’est un sous-homme, Untermensch, marqué par l’étoile jaune pour le visualiser, pour s’en défendre et le détruire. Il n’a pas d’âme : « L’âme des Juifs s’en va en même temps que le prépuce lors de la circoncision ». Une autre singularité de la Shoah, c’est qu’elle fut longuement préparée dans les mentalités : les racines de l’antisémitisme sont profondes dans le monde chrétien. Tant il est vrai aussi que les mentalités en Europe avaient été accoutumées aux massacres de masse par les conquêtes coloniales et la boucherie de la Première Guerre mondiale. Autrement dit, l’Europe avait déjà été ensauvagée par ces crimes qui ont précédé la Shoah. Autre caractéristique de la Shoah : elle fut planifiée et exécutée industriellement par les nazis qui ont affaire à ce qu’ils considèrent au mieux comme du bétail et pour le pire comme un parasite à éliminer.

« Il existe une seule race : la race humaine »

Tirant les leçons de ce drame, l’O.N.U. dans la Déclaration des Droits de l’Homme dont nous commémorons le 60ème anniversaire, a solennellement mis le racisme au ban des nations ; l’homme sans distinction de race, d’origine et de religion « Il n’existe qu’une seule race : la race humaine ». C’est en ces termes que Monsieur le Recteur d’Ajaccio a conclu son introduction aux journées du 17 et 18 décembre derniers consacrées à la Shoah. D’éminents historiens ont ensuite animé ces colloques. Un résumé de leurs interventions fera l’objet du prochain éditorial.

A.P.

(1) Bulletin diocésain 24 août 1941. Joseph Ferracci

Ils [Les juifs] sont une prédication vivante ; négative mais une prédication quand même. De sorte que toutes les vexations dont ils ont été l’objet au cours des siècles et dont ils sont l’objet en ce moment, sont peut-on dire providentielle…
Expulsés des pays qui ont à se plaindre de leur néfaste ingérence dans les affaires publiques, ils s’en iront dans des pays où ils ne sont pas connus et qui ne connaissent pas encore Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais là, ils ne pourront pas cacher leur étrange et navrante histoire. Ils prépareront ainsi la voie aux missionnaires catholiques qui viendront prêcher l’ Évangile (…).
Peut-être que la persécution actuelle est venue parce qu’ils commençaient à trop s’identifier avec les peuples au milieu desquels ils vivaient et qu’ils étaient en train de perdre leur originalité ; alors Dieu a permis qu’ils fussent ramenés durement à leur destinée : « Erunt vagi… » Ils iront vivre sous d’autres cieux, là où dieu juge que leur présence est nécessaire pour rendre témoignage à son fils qu’ils ont crucifié. »

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